Un anthologie
pour
L'espoir ...

 

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  LE TROUBADOUR

Et prolonger l'adolescence
Le cheminement vicinal
Revomir le Bien et le Mal
C'est ce que somm' la tolérance

Il est une faille
Le faune
Une faute économique
Le fauve
Un feu follet
En phase
La souris de palaces
Emphatiques
Un lion d'impasses
Beau sourire de la douleur
Il est doux et violent
Larme surannée d'un bonheur
Rapide et lent
Léger
Fou-furieux
Lumineux

Il est L'Emoi en personne
Le troubadour est "La prière du monde"

© Marc Delta

 
La paix disent-elles

La guerre font-ils

Nous avions maquillé nos yeux pour contempler le ciel
Et rougi nos lèvres au suc des grenades pour embrasser la terre
Nous avions arrondi nos ventres pour honorer le monde

Les oiseaux se sont tus
Ô silence des déserts rendus plus arides
Sous l'acharnement des chars
Que reste-t-il sous la cendre ?
Nous cherchons les chemins, les champs
Dévastés par les bottes

Nos yeux sont cernés de deuil, nos jardins de décombres

Nos sexes ont été fouaillés au nom des frontières
Nos bouches souillées
Nos ventres ont accouché d'enfants traîtres

Ô paix abandonnée aux ronces
Mariée couronnée de la fleur d'oranger
Laissée blanche dans un cortège funèbre
Nous demeurons tes filles d'honneur
Et
Nos voix continuent d'élever au milieu des salves
Leurs chants impérieux
Nos pieds continuent de fouler la terre gorgée de sang
En danses imprécatoires

Nous nous vêtirons à nouveau pour les noces
Nous nous parfumerons à nouveau de rose
Nos maisons s'ouvriront à nouveau au voyageur

Le ciel reflétera à nouveau les vagues du désert

Nos obsédantes psalmodies emplissent déjà l'horizon où se poursuit notre légende

© Ghyslaine Leloup

 
 

Au secours !

Cernés par les chiens bruns des matins barbelés
Assiégés d’yeux sans tain aux focales acerbes
Gavés d’images viles pour s’oublier servile
Pourchassés par les traces de nos humeurs fugaces
Contraints par le dictat des désirs imposés
Etranglés dans les rets d’œillades mercantiles
Etouffés sous l’amas d’idéaux étriqués
Traqués par l’obsession qu’il faut suspecter l’autre

Ne nous reste-t-il plus que l’échappée des mots ?

© Claude Burneau

 

ESPOIR

ici l'espoir a perdu ses racines
mais les racines n'ont pas perdu espoir
et la feuille prend son vol
au risque de sa verdure

*

ne t'accroche pas au soleil
demain il sera de retour

*

chaque tracé de pas nus
assure un avenir
au désir sur le sable

© Daniel Maximin

 

ÉCRIS

entre rêves et réveils
les questions qui espèrent le courage
les vérités qu¹attendent les silences
l¹écoute de la lumière dans la parole des yeux
les blessures vives qui reculent la mort
les mots bien retenus


Ecris
loin des pages blanches
qui empêchent de respirer les mots

pour dépasser à temps l¹éternité
pour oublier le doute et l¹oubli redoutés
pour appeler la part de oui la part de non
l¹avancée du possible vers l¹impossible
Ecris
et
relie

l¹être suit.

© Daniel Maximin

 
 

L'intégrale d'une oeuvre commune
de Jean-Claude Renard et Raphaël Monticelli : Christs

 
  Saison

Soudain je suis tombé au milieu de ce pays de lèvres
et de lunes, éternellement taillées dans ta peau matinale.
Et voilà que la mer, toujours incestueuse, a ta voix, noire,
de grand silence, avec les petites franges d'écume
de ton sexe d'aurore...
Immense bain de ciel en ces mots qui ont droit à l'homme.
J'ai troqué ma vie pour un merle. Un oiseau m'a giflé.
Une fougère m'a aimé. Et la vague s'achève dans tes yeux,
pleine de petits cris nocturnes, entre ciels et seins.
La bouche ouvre ses mers aux haleines du sud.
Les oiseaux ont ouvert le jour à grands coups d'ailes.
Comme une hélice, le soleil tourne dans mon ventre.
J'imagine que c'est l'espoir.

© Pierre Colin

Porter l'espoir

Porter l'espoir
Comme certains leur regard
Charbon de braise noire
Sur les sables réfractaires
De leurs territoires

Traquer l'espoir es ses sources
Et jusque dans ses résurgences

Le délivrer des argiles pour qu'une femme vienne y puiser un matin
Et qu'entre ses mains il soit mis à nu

Lumière ruisselante entre ses doigts et sur sa peau

Porter l'espoir comme elle
Les jarres d'eau quotidiennes

Porter l'espoir
Avec ta fière ténacité
Ton élégance
Et ta bonne humeur si fidèle

Semer en ton ventre notre espérance

L'irriguer de nos voix
De nos mains
La nourrir de notre joie commune
De nos peines futiles
De notre vie plénière
Et t'accueillir enfin
Petit espoir braillard

Témoin vivant de notre amour

L'enfant sanglé aux reins
Tu vas
Et je marche à ton pas de mère
Je t'accompagne femme

Et les peuples te suivent
Et les peuples se ressemblent

Les peuples nous ressemblent
Nos enfants nous rassemblent

Porter l'espoir
Enfant fragile sur la hanche
Enfant vorace au sein

Porter l'espoir deux à deux
Pour ne jamais perdre sa trace

© Patrick Joquel

 
 

RENOUVEAU

Que ne puis-je, ces fleurs, en guise de paroles
Les mettre dans mes vers!
Notre amour est pareil àleurs frêles corolles
Après le long hiver.

Je voudrais te les dire en leur secrète essence,
T'enseigner la saveur
Du fruit que l'avenir façonnera d'absence,
De force, de ferveur...

Entends ce qu'à mi-voix la sève qui circule
Nous rapporte ici-bas
Du royaume des morts, où chaque tubercule
Est comme un cœur qui bat...

© Jean-Luc Moreau

Tu ne peux plus prier
mais tu pries quand même

Tu ne sais pas chanter
mais tu chantes quand même

Et c'est le poème
écrit presque à reculons

qui chante et prie
au-delà de ta raison


© Béatrice Libert

 
 

Cet instant, d'entre tous les instants, le voilà, l'espéré, l'inespéré. Une fois encore tu goûtes, en reconnais la saveur unique, familière pourtant. Instant où l'on se hisse. C'est ça: on arrive, c'est là et déjà c'est échappé. De si peu, tu gardes cependant sur la langue la saveur. Qui te comble et te légitime. Ce qui fut, ce qui fuit. J'ai été heureux, je le suis.

© Claude Vercey
Aime ta joie (à paraître)

LAISSE-MOI CROIRE ...

Laisse-moi croire que tu es bon
comme le pain sorti du four.

Laisse-moi croire que tu es pur
comme une source jaillie du roc.

Laisse-moi croire que tu es doux
comme les herbes dans la forêt.

Laisse-moi croire que tu es vrai
comme cette pierre au creux de ma main ...

Laisse-moi me blesser à la pierre tranchante !
Laisse-moi rafraîchir ma joue sur les herbes !
Laisse-moi boire à la source cristalline !
Laisse-moi reprendre forces dans le pain chaud !

Laisse-moi croire que le bonheur est possible.
Laisse-moi croire ...


© Jana Boxberger
1987 (traduit du tchèque par l'auteur)

 
Pour vivre


L'automne inachevé peut bien rôder encore,
la pluie noircir la poutre des collines,

pour vivre,

un seul regard suffit
où l'esprit brûle,

visage unique,

éclair d'un songe
ou d'une torche dans la nuit.


© Michèle Lévy

L'Argile et le Soleil

Lui

Celui qui se tient derrière toi,
inlassablement,
sa main repousse l'ombre.

Invisible
il marche dans tes pas,
et son sourire te garde en vie.

Au creux de son épaule
tu es lovée comme un enfant.

Il est ta certitude.

Sa compassion délivre à l'infini

l'espoir

la liberté.

Partir le jour
la nuit
et tout recommencer

Voguer vers ceux qui ont besoin de nous
et qui sauront
toujours
partout
nous retrouver

Lire dans leurs yeux ces mots
que nous n'avions pas su leur dire,
et puis être avec eux
ici, là-bas,
ailleurs,
comme autrefois

Naître à nouveau dans la blondeur de cette Terre

Marcher dans la blancheur étrange des cerisiers

Grandir
comme un arbre inversé

Ne jamais plus revoir le sang, la guerre

Oser, pour l'avenir, planter des champs de rêves,
en tissant au soleil les gestes de la paix.


Michèle Lévy - Miroirs
(© Donner à Voir)

 
Cet arbre qui souffrait
nous quitte maintenant
vers le haut

Rien ne le gêne
dans son élan

Il nous condamne au sol
à la chose des mots
nous laissant au passage
l'esprit de sa nature

comme espoir

© Michel Bruneau

Sous la peau
l'idée errante du bonheur
se met un instant à l'abri

La saisir
faire durer
peut-être la tatouer

Elle ne laisse qu'une matière
à faire
et à défaire
et une quelconque chance
de la parfaire

Mine de rien

 
La sitelle creuse le tronc
du marronnier
vite avant
les ultramodernes moissons
Les feuilles se donnent le mot
Quelle récréation !
Des boisseaux de cordes pendront
aux portemanteaux
et les marelles pâliront
ennuyées

Quelques moineaux sont tombés

Que fais-tu là
sous l'horizon du large ?

Enfance
imminent voyage.

© Hervé Gouzerh

 
Tu voudrais fixer les couleurs

Etre sûr que les bleus sont en marche

Qu'ils purgeront tes rêves
de toute inquiétude

Tu accroches tes yeux
aux moindres mots du paysage
au toit d'une maison
au brouillard même
où le poème du regard
perd pied

Tu nommes chaque objet
à l'horizon
avec l'espoir secret
de gommer les obstacles

Tu vois toujours plus haut
toujours plus loin

Dans ton geste
le ciel n'a pas une ride.

© Alain Boudet

   
  …Un tout petit espoir
se glisse dans la page,
s'étire, fait son nid
à l'encre violette.
Parlait de notre enfance.
Le jour n'en finit pas
de vieillir.
Silencieux. Dans nos pas.
Et dans les encriers
de l'école oubliée.
Tu cours vers la maison.
Tu te rappelles. La lumière
peinait à éclairer la pièce.
La peur est conviviale
dans les ténèbres de l'histoire.
On respire. Vous n'aviez…
pas d'amis, dit-il. La guerre.
On entend à nouveau le canon
dans la bouche sanglante
du temps. Et l'enfant.
Qui pleure. Oui, c'était.
Une page tournée.
Des ratures de vie.
Le jour à l'envers.
Et tes doigts tachés d'encre.
L'espoir s'est endormi
entre les lignes du cahier.
Le lit de l'heure est un berceau.
Tu te souviens. Nous deux.
Et ta main. Dans la mienne.
On entend les avions.
Le ciel est un métier.
La guerre y tisse des éclairs.
Et la mort. Ce jour-là viendra bien.
L'espoir s'est fait petit,
dans l'encoignure de ta vie.
Caché dans la pénombre.
Demain sera. Demain, ma voix encore.
Venue pour toi du fond des temps.
Accordée à tous les dires.
Regardez : la prairie à l'aube
offrait ses perles de lumière.
Ainsi, l'espoir
prenait rang parmi nous.
Les mots chantaient clair
dans le cahier du jour.
Des paroles de joie,
qui brûlaient dans la brume.
Une grande clarté
dans l'obscur de nos vies…

© Claude Cailleau


  A l’horizon de toutes choses
Il y a des roses
Et un jardin

Et des fontaines d’eau
Qui claquent
Sur des pavés de marbre ancien

Puis un chemin sans destinée
Longeant le ciel

A l’horizon de toutes choses
Il y a des roses et un jardin

© Philippe Quinta

 
    L'espoir

Hommes de la terre,
de la terre,
entre les immondices et les diamants,
qui construisez et puis détruisez,
qui semez des pièges partout,
qui vous déchirez sur des routes phosphorescentes,
qui accrochez aux murs
des cartouchières,
des fioles de cyanure,
des crânes d'amants
fous de vérité,
si vous rencontrez
par hasard
l'espoir
ne lui montrez pas de décorations
sur le revers de vos vestes,
ni vos cartes
d'abonnement
aux balivernes,
mais regardez-le
droit dans les yeux.
Dans les yeux.
Seulement.

© Tommaso Di Ciaula
traduction de Francesco Viriat


une journée bien ordinaire

j'ai parlé avec des enfants, leurs yeux bien ouverts
toujours heureux de rencontrer Antoine, il était avec Jean
j'ai cueilli des fleurs en printemps pour saluer mon amour
j'ai rapporté des tomates, deux filets de limande, un bouquet de persil et un citron pour notre cuisine de midi
j'ai relu le livre de vie de Guy Bellay, poète trop oublié, aussi la page des débats de mon quotidien préféré
j'ai donné d'anciens vêtements qu'on ne portait plus
j'en ai profité pour déposer des piles usagées dans la borne prévue…
j'ai posté deux lettres, écrites du matin, une pour Mohammed, une pour le Canada
j'ai longtemps parcouru entre Louet et Loire un village de rêve sous un soleil qu'on ne croirait jamais qu'il y aura la guerre cette nuit
j'ai confié mes mots du jour à mon carnet. Les enfants de ce matin m'ont assuré que c'était un ami véritable
j'ai rencontré des amis poètes dans une réunion puis nous avons bu rouge et refait le monde
de nuit, au retour, j'ai fait le plein de gazole
c'est pour cette dernière activité que le monde, à nouveau, se massacre

Paul Badin (Chantier mobile)


 
  De plein fouet,
l'espoir
éclôt du silence
au bord des lèvres

le sens gicle
et s'écoule de peau en peau
jusqu'au levain de vérité,

un grand fauve au bord de l'ombre

- robe de feu sous la lune livide,
flammes dressées aux flancs,
nuées échevelées -

bondit du secret et s'offre à la lumière

Et toujours ces vastes étendues
à entreprendre,
tête sans filet, pieds et mains
au bout du squelette
à gratter le vif
Grandiose
Ecorchures rayonnantes
qui nous plantent en pleine mire
Trait igné
qui retrouve la joie pure
-oublieux de sa cause -
Trempe ton doigt dans la vie et signe

© Geneviève Deplatière


LA NUIT L'ESPOIR

La nuit on se parle sans se dire un mot

sans se dire les mots qui blessent
quand on parle trop haut

La nuit sans rien comprendre
à ce que nous sommes
nous respirons de tout notre être

en cela nous ressemblons à la création

et l'air,
si fidèle et si bleu,
nous est salutaire

La nuit, tout est humain ou pourrait l'être
nous faisons un bout du chemin,
elle nous regarde, paraît inquiète,
et nous sauve, au moins, jusqu'au lendemain

© Bernard Gueit

 
  EQUILIBRE

La haie tremble…

Qu'y a-t-il derrière ?

Le ciel qui mange la terre ?

Un tourbillon qui roule
A la fin de l'atmosphère ?

La tête tournée vers les étoiles
Je reste sans voix.

Les étoiles filantes sont passées.

Elles vont toujours hésitantes
Près du fleuve où tout est uni.

Mon bras tendu vers l'infini
Désigne le côté de l'œil souriant.

Je cours sur le chemin
Et je regarde les nuages.

Leurs visages très vite
Sourient dans le silence.

Sébastien Annereau



© Alain Boudet