Laissons nous aller dans ce parcours silencieux ...
| |
Rouvre
Entre les cailloux
Coule l’eau claire
Clapotis chuchotis
Murmure
Des arbres se penchent
Sur le berceau de la rivière
Les rochers font le dos rond
On dirait des tortues
On dirait des baleines
La mousse les recouvre
D’une bulle de lumière
Clapotis chuchotis
Murmure
Nous fermons les yeux
Juste une seconde
Et la Rouvre nous ouvre
Sa parenthèse
C’est un moment tout doux
Pour écrire un poème
Clapotis chuchotis
Murmure
© Jean-Claude Touzeil
|
|
Douche
En faisant couler son bain
Elle songea soudain
A ces jeunes filles
Dans les pays chauds
Marchant des kilomètres
Le long de la route
Pour aller quérir
De quoi remplir
Un seau
Jean-Claude Touzeil
dans Random du petit tamis - Éditions Donner à Voir
|
| |
|
L’étranger L’océan, lui,
Dessine
Ses rêves sur le sable
Avec des bouts de bois
Puis les efface
Et dessine autre chose.
Des lettres
Un alphabet sans langue
À l’usage des poètes ;
Puis l’efface
Et dessine autre chose.
Emmanuel Hiriart
Dans Toi qui viens de la mer, editinter 1999
|
|
| |
|
|
Vivre près du fleuve.
Entendre les histoires
Chuchotées par l’eau courante.
Dormir dans les feuilles.
Se rafraîchir à la pluie.
Voir un reflet de lumière
Sur les galets gris.
S’asseoir au milieu du fleuve
Une nuit de pleine lune.
© Jacqueline Held |
| |
Naissance
Un nénuphar est né
Au sein de la rivière
Un nénuphar est né
L’avez-vous remarqué ?
Sa caresse de cœur
Sur l’eau velours du ciel
Semble vouloir semer
De la sérénité.
Un nénuphar est né
Au sein de la rivière
Un nénuphar est né
L’avez-vous remarqué ?
Sa feuille de silence
Ose la liberté
D’un message enchanté.
N’éloignez pas les anges
Qui l’ont mené ici.
Un nénuphar est né
Reposez-vous en Lui.
Christine Guénanten
Page 380 .
Christine Guénanten
dans Poètes de Bretagne,
Anthologie Charles Le QUINTREC
Editions La Table Ronde
|
|
|
| |
|
|
Sous la surface
Le lac est vidé, l'eau s'est retirée, on a traversé le miroir : la mort craquelle ses boues au soleil. Elle livre les ossements.
Quelqu'un peut-être se souvient de la route engloutie, de ses bornes de pierre, du clocher ajouré. Un paysan dont les jambes savent encore les pentes, les lacets, les ornières. Et qui s'arrête pour prendre la mesure des métamorphoses.
Sous l'arche du pont, le torrent croit rejouer sa jeunesse entre deux lèvres d'argile. Mais la lumière y creuse des ombres sans feuillages, des sculptures de terre pétrifiées par le temps.
Il n'y aura pas de résurrection et le lac, bien sûr, se remplira. Aussi peut-on imaginer le paysan contemplant une dernière fois les vestiges que laissent les vies et les outils qui ne servent plus. Avec avidité.
Avant que l'eau, à nouveau, ne referme le tombeau.
Sur une photo de Jean Dieuzaide, «La Faim de l'eau», 1961.
Michel Baglin
Extrait de « Les Chants du regard » -
Editions Privat |
Et l’eau mère en son sein garde le secret des flammes
Aucun fantôme qui ne soit étincelle
Aucun silence qui ne soit souvenir de crépitement
Aucun arbre abreuvé dont le tronc ne serait chrysalide
pour revivre d’entre les morts pour renaître d’entre les lunes
vous allez larve humaine au devenir ailé
spectre enflammé au devenir humide …
… de la flamme à la cascade une vie dans quel ordre ?
© Béatrice Machet
extrait de L'eau … ou l'ardeur (inédit)
|
| |
Hier
L’eau de pluie
L’eau usée
Se mêlaient
Joyeusement
Et
Coulaient
Librement
Des jours
Heureux
Jusqu’à la mer
Aujourd’hui
L’ordre
Est donné
De les séparer
Dès l’origine
Dans chaque foyer
Chacune son réseau
On épure
On épure les eaux
On épure aussi
Les hommes
Les stations d’épuration
Poussent
Comme des champignons
Les humains
Petits fétus
Dans l’histoire
Sont emportés
Par les courants
Dan Bouchery |
|
| |
|
Le marais
le marais
à portée de tes mots
se donne à la lumière
quand les saules reversent au ciel leur trop-plein de pluie.
Ici buissonnent des patois de lenteurs et d'eaux
où tu cherches la modulation de ta voix.
Tu fermes les yeux
le temps du poème
et le paysage persiste
dans l'herbier des paupièrescomme si désormais
tu pouvais peindre le bleu du vent.
© Gérard Cousin
|
| |
|
Ce serait là quelque part
parmi les eaux du marais
avec les reflets du soir
les trajets moirés d'un canard
se perdre dans cette douceur
d'un soir pareil aux autres
les cloches tintent
un autre temps le nôtre aussi
les aigrettes ponctuent le silence
les moustiques font de la contrebande
avec les grenouilles amoureuses
on a des yeux de luciole
et des doigts d'algues tendres.
© Luce Guilbaud |
|
|
cette lumière
soleil citron tranché net, ourlet de givre
et l’ample lame bleue, coulure d’acier, pure indifférence
coups de foudre, orages globalisent ici leurs sillages vivants, l’écume des princes et désastres
le muscle blanc du bouleau balance sa toison grêle, joint les deux bouts du temps, témoigne
courants et tourbillons, d’autres cycles toujours nourrissent ce rayonnement horizontal à se dresser les berges, enflammer le lit seul
miroir de bleu et vide azur confondus, pupilles et sphères d’incandescences niaises s’y affolent
tournois phosphore sur la lice et plane fascination
la lumière arpente l’étale hiver, noie de sombres vérités
Narcisse s’aveugle
un trait de feu gicle jusqu’à la nuit rampante
s’offre au néant
© Paul Badin
extrait de aspects riants (inédit)
|
|
|
seuil englué
si le fleuve, rebelle à l'océan, ne versait ses fastes, ses comptines, limons perlés, copeaux d'existences
la vie ne pourrait plus mourir, les heures se découdre, la paix lisser sa voile corail horizon
si l'eau ne coulait : plus une goutte aux robinets désactivés des cités bouffies, plus un éclusier, plus une truite mais les croûtes du lit
plus une citerne mais le gâchis du saint profit jusqu’à épuiser la mer en ses égouts
si le vent ne reconnaît les enfants de sangs mêlés ni les chairs en frissons sur le corps de l'amour ni l'été, ses glycines, ni la révolte palissée en treille de septembre ni l'éclair de pensée dans la nuit électrique ni rien de l'humain parfum
quelle aube rougeoiera la rosée à poindre ?
vingt et unième du nom grandi trop vite tu frappes à d'ultimes portes
pour tout viatique emporte sagesse, frugalité, tendresse, fraternité, tout le reste est superflu
sur le seuil des survivants s’époumonent
© Paul Badin
extrait de aspects riants (inédit) |
Tsunami
onde ravageuse et vague déferlante
rappel brutal des origines
les eaux brouillées
se mêlent aux poisons terrestres
alors on ne parle plus
des plages idylliques
du soleil des tropiques
et des doux alizés
un jour cela devait arriver
et puis c’est arrivé
comme cela arrivera de nouveau
on le sait on le savait
et le silence qui suit
est là pour nous le rappeler.
© Georges Cathalo |
|
|
Boue
L'eau charrie l'eau, boueuse. On enfonce dans les champs - sûr : les maïs seront semés en retard ! les paysans auront gagné une raison de se plaindre… jusqu'au moment où la barque de Ré traversant le ciel mûr, délivrera une récolte comme jamais ! - mais alors, personne pour remercier le soleil…
Moi ? je marche. J'enfonce dans la boue des prés. Je siffle mon chien, Jérémie, dans les chemins creux. J'ai une telle joie de vivre, j'ai un si grand désir d'aimer, que c'est comme l'égoïsme, pire : la mort d'autrui en moi - et son amour.
Boueuse, l'eau charrie l'eau boueuse, la rivière déborde. Enfoncées jusqu'au genoux, les bêtes meuglent. Un paysan vient, une botte de foin sur l'épaule. J'ai envie de me jeter, bras en croix bouche ouverte, dans cette boue qui dévale les ornières - et mourir de boire la terre, d'aimer lav ie. Mais la présence de l'autre me rend sage.
Satan vit.
Roland Nadaus
dans Bocages
|
Y a-t-il quelque chose
sous la pierre du silence ?
Ecrire comme on creuse
à la recherche de la source.
Puisatière des mots.
Un poème est une eau claire
au fond du trou creusé.
Verrais-tu dans le noir
s’il n’y avait parfois des mots.
© Colette Andriot
|
|
|
La rivière patiente
remaille la lumière
et le pays s'apaise
Le soleil complice taille
les ombres agrandies
des branches mortes
C'est un matin de décembre
calme comme une attente
à la fenêtre des images
Jacqueline Saint-Jean
dans un petit feu de rêve - © Éditions Pluie d'étoiles
|
Rivières
Petite fugue d'hier
le ciel courait à l'envers
sur les frissons des ruisseaux
qui glissaient vers les abers
Fruit défendu truites nues
petite fugue écolière
ne va pas à la rivière
tu vas te noyer ma fille
prends garde à la grande anguille
qui s'enroule à nos chevilles
Solo de lumière et d'ombre
dalle bleue dans le Daoulas
dans les saules une eau plus seule
au secret des libellules
Voix de babil ou d'aïeule
voix saoule ou voix souterraines
qui résonnent aux chaos
dans leur sommeil plein d'échos
Goueric ou Gouesven
Douerol ou bien Douric
Roudour Froudic et Frutmur
Traouoas ou Toulgoulic
petit ruisseau ruisseau blanc
ruisseau-soleil ou courant
on passe au gué des murmures
le chant survit aux captures
La fontaine a nom stivell
Et de dour jusqu'à l'Adour
je ruisselle de voyelles
dans les bras de mes rivières
© Jacqueline Saint-Jean
|
|
|
Oies sur l’eau
et les colverts
Des ronds dans l’eau
caillou jeté par l’enfant
trouble si peu
le lent rêveur glissement
des feuilles
sur ce détour de la Seine
Le fleuve flâne
nonchalant
regarde grandir les enfants
le long de ses berges
reçoit la pluie des feuilles
en octobre
A peine s’il frissonne.
© Colette Andriot
|
La Pluie
La pluie
chasse les chiens
des routes ils retournent
au plus profond des campagnes
sur les pauvres maisons
pour renifler l'eau
qui descend
descend...
Ils l'ont entendue devenir adulte,
l'eau,
l'eau venant de l'enfance de violette !
Ils l'ont entendue devenir
adulte.
© Tommaso di Ciaula
dans Toute poésie est un mystère
Traduit de l'Italien par Luce et Francesco Viriat
|
|
| |
Eau
émeraude au vif de l'éboulis
Echarpe variable au cou
des lièvres inaltérables
du temps
*
Translucide
ou ruisselante
l’eau ne se lasse pas
de caresser
les peaux du monde
© Patrick Joquel
dans Eaux
secrets cachés ? |