La mer, la mer…

Flux et reflux des mots. Les poètes nous embarquent.

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  La mer

Le vent.
La mer.
Au centre de sa maison
exorcisée,
pure de légendes,
ne se défendre plus
de la lente invasion
des marées
et recueillir
cette gratitude sans objet,
cette faim
sauvée des ripailles,

la mer, ce grand regret.

Michel Baglin
Extrait de L’ordinaire (Texture éd.)

 

Un chant
multiple et sans nom
et neuf
coule vert

je suis libre et houle

*

Méditation de la mer
tout le long des heures
coup de tonnerre

ressassée écumée la grève

*
Murmures obstinés
obstacles à entamer
sans passion creuser
désagréger
coups de langue consciencieux
pour rendre définitive
sa nudité à la mer

*

Cela suffit
la mer pleure grâce
je pulvériserai moi courant
des marées
digues et viaducs
et trop-plein sonores et de béton
par-dessus
l’alentour exorbité
dans un chevauchement de lumière

Anne-Lise Blanchard
(extraits de La Beauté qui nous est donnée, Eclats d’Encre, 2004)

 
 

presqu’idéale

balise à soleil, axe des couleurs, le village cristallise autour de son clocher
rages bleues courtisent jupes d’écume
écueils, dents acérées sous ivresse fluide
survol rieur des mouettes
criques idéales
caravelles de rocs convoitent l’anse blonde immense
patine d’or des caps enchâssés

sentier de chèvres à douaniers
houle frisée des pins parasol
racines crampons lustrées à l’antique
cistes de senteurs benjoin et salves blanches aux orangers : liesse sauvage des fleurs en conquête
les villas à privilèges souligneraient presque l’euphorie des simples

transparences émeraude aquarelle et denses gouaches outremer réinventent l’onde à l’infini
et la canonnade ininterrompue des lames de fond
golfe en palette affolée de polyphonies
les écailles du désir picorent par éclats la chair du large
miroir et azur
presqu’île en Méditerranée comme elle volubile
presqu’idéal

© Paul Badin
extrait de Aspects riants (inédit)

 

Galets

Les cailloux se languissent d'océans abandonnés. De la fenêtre, au loin des vagues, au loin du sel, au loin les pieds des baigneurs de décembre. On songe à l'inconnue qui se retourne dans les marches, au vol délicat des regards, au trouble des aveux sans forme. Jet des éclats dans le sort. Il pleut des couleurs fauves qui consolent certains soirs.

© Etienne Monnier
dans Le pré des pierres (inédit)

 

   

Je marche
en laissant la mer
derrière mes pas
retrouvent le fil
d’une liberté d’enfant
ma bouche hante
le vent indocile
et la pleinitude du
silence des arbres
agrandit la nécessité de
se taire

Franck Cottet
dans La Mer et trois saisons - L’épi de seigle, 2000

    L’étranger

L’océan, lui,
Dessine
Ses rêves sur le sable
Avec des bouts de bois
Puis les efface
Et dessine autre chose.
Des lettres
Un alphabet sans langue
À l’usage des poètes ;
Puis l’efface
Et dessine autre chose.

Emmanuel Hiriart
Dans Toi qui viens de la mer, editinter 1999

 
 

Dans la mer à l’école des poissons
les poissons apprennent en bulles
l’alphabet
ils fonts des O (oh !) des A (ah !)
des bouches bées
et de tout petits pets
qui bullent
et qui remontent comme des yeux transparents
jusqu’à la surface de la mer jusqu’à
son écume
-qui regarde tout ça de ses yeux pleins de mousse
dans la grande baignoire du rêve

© Roland Nadaus
à paraître dans La pieuvre qui faisait bouger la mer (Soc et Foc)

   

La plage

Les algues
pourrissent vite
sous les regards des baigneurs
cheveux poisseux serviettes
froissées gouttes
de sève un bac
passe si proche
un bac blanc et noir
et une fillette
crie très fort
un coup de cravache à travers toute la plage
... qu'elle veut le toucher
avec les doigts.


© Tommaso di Ciaula

dans Toute poésie est un mystère
Traduit de l'Italien par Luce et Francesco Viriat

Je rends grâce au gros temps qui trempa mes ferveurs de marcheur.
Au crachin des grèves de Bretagne
comme au pin s'égouttant dans un brouillard d'automne.
A ces rochers du bout des terres où l'on se risque quand se mêle aux déflagrations d'océan
l'orgueil d'être sous les bourrasques un vivant qui contemple et qui tient.
A cette envie qui me prend alors de me dissoudre sans cesser d'être une proue.
A cette ivresse d'écume venue de l'enfance dans les embruns du large
à jamais absorbés avec l'alcool des vents.

*

Je rends grâce aux oyats sur la dune que les pèlerins de l'été vont piétiner.
A l'arbre sentinelle et à son ombre grêle sur le désert qui gagne.
Aux herbes asphyxiées qui s'échinent dans le ghetto des fissures.
Au rare bleuet survivant aux génocides des champs.
Au sang des coquelicots, ces réfugiés des terrains vagues.
Aux terrains vagues où la vague résiste sous la houle des graminées.
Après le passage des grandes marées, je rends grâce à ce qui reste.
A la fleur de sel sur le sable mazouté.

 

© Michel Baglin
Extrait de L’Alcool des vents - Cherche-Midi éd.

 

Marine

Au milieu de l'été
une crique bleue
barque d'oubli

La lumière immobile
sculpte une caravelle
dans la falaise blanche
qui s'avance
à la proue du silence

La même mouette va
sa navette de rêve
dans les yeux du dormeur

La mer est à l'amarre
au bord du monde

© Jacqueline Saint-Jean

La mer s’irise
En auréoles.
Le mazout a
Des tons très doux
A Plougasnou.

***

Un village blanc en bord de baie.
Des enfants s’éparpillent
Dans un soleil poudreux.
Deux oiseaux gris chantent
Sur un muret. La marée repose,
Descend un peu. La vie est
Quotidienne sous le ciel.

© Jacqueline Held

 

Ecoute la chanson du vent
les vagues vont et viennent.
Il nous dit les histoires
portées par la houle
cueillies sur la mer
décrochées des nuages.

© Colette Andriot

 
   

Quand la marée remonte,
La poésie du port
En bateau crie départ !

Départ pour l'océan
Le seul amour possible,
Le seul à se lier
A l'univers immense.

Quand la marée remonte,
L'eau avale les rêves
Tous les châteaux de sable
Et les noms des sirènes.

Quand la marée remonte,
La poésie du port
En bateau crie départ !

© Christine Guénanten
dans Une étoile entre les lignes


© Alain Boudet
La Toile de l'Un