La Poésie prend langue(s) : Poètes d'Europe


Accueil

Cette page vous propose d'aller à la rencontre de cinquante cinq poètes d'Europe. Vous y découvrirez, dans leur langue d'origine et en traduction, des textes contemporains. Loin de se vouloir exhaustive ou universitaire, l'approche est davantage un feuilletage, au gré de coups de coeur. Un travail d'abeille, en quelque sorte... Butinez bien, vous aussi.

Daniel Thibaut
(France)
Roberto A. Cabrera
(Espagne)
Roger Garfitt
(Grande-Bretagne)
Frances Horovitz
(Grande-Bretagne)
Björn Kuhligk
(Allemagne)
Valeriu Stancu
(Roumanie)
Mark Insingel
(Belgique flamande)
Tim Holm
(Grande-Bretagne et globe-trotter)
Paolo Ruffilli
(Italie)
Walter Helmut Fritz
(Allemagne)
Ana Luísa Amaral
(Portugal)
Marcel Wauters
(Belgique flamande)
Kaarlo Sarkia
(Finlande)
Serge Brindeau
(France)
Nicolae Esinencu
(Moldavie)
Fabio Scotto
(Italie)
Izet Sarajlic
(Bosnie-Herzégovine)
Gösta Agren
(Finlande)
Gunnar Harding
(Suède)
Attila Jozsef
(Hongrie)
John Hewitt
(Irlande)
Miguel Hernandez
(Espagne)
Alojz Ihan
(Slovénie)
Jacques Werup
(Suède)
Alexandre Voisard
(Suisse)
Julien Dunilac
(Suisse)
Franco Fortini
(Italie)
Àlex Susanna
(Espagne catalane)
Vesna Parun
(Croate)
Axel Kutsch
(Allemagne)
Sotiris Tsambiras
(Grèce)
Göran Sonnevi
(Suède)
Marc Dugardin
(Belgique francophone)
Phivos Stavridis
(Chypre)
Donata Berra
(Italie)
Dane Zajc
(Slovénie)
António José Queirós
(Portugal)
Günter Kunert
(Allemagne)
José Luis Jover
(Espagne)
Werner Lambersy
(Belgique francophone)
Eugenio de Andrade
(Portugal)
Ferruccio Brugnaro
(Italie)
Franz Tumler
(Autriche)
Rut Plouda
(Suissse romanche)
Arcadie Suceveanu
(Moldavie)
Sjón
(Islande)
Peter Zilahy
(Bulgarie)
Viivi Luik
(Estonie)
René Velter
(Luxembourg)
Geert van Istendael
(Pays-Bas)
Daniel Turcea
(Roumanie)
Carl Norac
(Belgique francophone)
Keith Barnes
(Grande Bretagne)

 Ali Podrimja
(Albanie)

 Ivan Borislasov
(Bulgarie)

Knut Skujenieks
(Lettonie)

Tomaz Salamun
(Slovénie)
Aonghas MacNeacail
(Ecosse, Grande-Bretagne)
Kostas Koutsourelis
(Grèce)
Eqrem Basha
(Albanie)
Franco Prete
(Italie)
Georges Jean
(France)
Paula Meehan
(Irlande)
Kiril Kadiiski
(Bulgarie)
Luan Rama
(Albanie)
       

Jetez-moi aux orages,
aux ordures, aux orties,
aux chemins délavés,
à la nuit carnassière,
aux chacals, aux chiens enragés,
jetez-moi dans les fleuves en crue,
dans les pourrissoirs, les décharges,
jetez-moi dans les cascades,
dans le cratère en rut des volcans,
jetez-moi dans les lisiers, les lisières,
dans le grand vacarme du monde,
jetez-moi
et puis oubliez-moi
un siècle ou deux,
le temps que je m'épanouisse
dans un bouton d'or.

 

Daniel Thibaut
(Chronique d'un combat avec l'ange)
Maison de la poésie Nord/Pas-de-Calais

Daniel THIBAUT est né en 1943 à Brive-la-Gaillarde. Il essaie de lire et d'écrire chaque jour, et se construit "un corps de papier". En ces jours d'incertitude, le poète est, selon lui, "un recours, un fanal, un résistant".

haut

Gettami nei temporali,
nei rifiuti, nelle ortiche,
nelle strade slavate,
alla notte carnivora,
agli sciacalli, ai cani rabbiosi,
lanciatemi nei fiumi in piena,
al macero, nelle discariche,
buttatemi nelle cascate,
nel cratere in eruzione dei vulcani,
gettami ai margini, nei confini,
nel grande baccano del mondo,
buttatemi via
e poi obliatemi
un secolo o due,
il tempo che possa sbocciare
in una gemme d'oro.

traduit en italien

CIFRAR el rostro. Ocultarlo bajo siglos. Enturbiar su proximidad.

La palidez del mundo desconcierta. Sobre el cuerpo, las sábanas, su blancor hiriente, como de mortaja nueva. Piensas : así ha de cubrirse el mundo.

Has despertado. La mañana ilumina tu rostro. Se levanta indefinida, distante. Cerrar los ojos. Negar la luz, inútilmente. Entonces piensas en el despertar, en su gracia animal, espontánea. Y piensas lo que debiera vivirse : despertar, sí, pero con la sencillez de un pájaro cuando despierta y alza el vuelo. Simplicidad irreflexiva de lo que vive. Pero tú piensas el acto de despertar, y con torpeza despiertas, con la misma ineptitud para la sencillez con que vives. O te alimentas. O sueñas.

Roberto A. Cabrera extrait de Disgregario, Editions Asphodel, 2002

(traduit de l’espagnol en français par Claude Held)

Roberto A. Cabrera (lies Canaries, 1971) est professeur de philosophie. Il enseigne en lycée. Il a dirigé le supplément littéraire “Les Isles Estranges” (Las Jnsidas Estrahas) du journal El Dia et collaboré aux revues espagnoles (Paradiso, La Factoria Valenciana) et françaises fA ires, Propos de Campagne). En 1995 il a publié Le cahier bleu.

haut

CODER le visage. L’occulter sous les signes. Troubler l’espace autour.

La pâleur du monde déconcerte. Sur le corps, les draps, leur blancheur qui te blesse, comme d’un linceul neuf. Tu penses: c’est ainsi que se couvre le monde.

Tu t'éveilles. Le matin éclaire ton visage. Se lève, flou, lointain. Fermer les yeux. Nier la lumière, en vain. Alors tu penses à l’éveil, à sa grâce animale, immédiate. Tu penses le vécu, ce qu’il devrait être : s’éveiller, oui, mais avec la simplicité d’un oiseau quand il s’éveille et s’envole. Simplicité irréfléchie du vivant. Voilà que tu penses l’acte d’éveil et, maladroit, tu t’éveilles, incapable encore d’être simple dans ce que tu vis. Dans ce que tu manges. Dans ce que tu rêves.

Te contemplas en el espejo. Sonríes. Quién responde.

A veces hay ruidos. Alguien al bajar la calle, sus pasos, un coche, varios, una motocicleta. Luego una voz débil. Una voz de mujer. La voz conversa sin vida. Un murmullo apagado que enmudece de pronto. Nuevos pasos. Alguien por la calle al sol. El paso es decidido, enérgico. Como si deseara oírse. Se aleja. Nadie.

En la ducha. Meditación sobre el agua, sus gotas, sus átomos infinitos. La lluvia golpea el rostro con dedos innumerables. Pensar et rostro que se deshace, lentamente. Rostro múltiple, disuelto, desplomado sobre el torso, confusión de gotas que se deslizan, dispersan, reúnen. Torbellino final, desagüe, abandonar la luz, caer, perderse.

Algo ha debido despertarte. Desde la ventana, sin abrirla, observas la luz del farol, su parpadeo amarillo. Pasa un coche.

Nada acontece.

La calima cubre hoy la ciudad. Amortaja las casas. El horizonte.
Ciudad transfigurada, suspendida en el fulgor gris del polvo. Ciudad penitente, abrasada por un fuego no visible.

Comenzar. Reescribirlo todo. Partir de la desnudez. Del simulacro de la desnudez. En el instante disgregador. Trazos, gestos, manchas de tinta. Relectura. Comenzar de nuevo. Signo tras signo.

Tal vez describir. Enumerar, secuenciar los hechos : una mesa, un libro abierto, esta cama, las palabras, la luz que se detiene, el aire, su quietud inaudible.
Permanecer. Detener la mirada en la luz. Una habitación, una cama, un cuerpo, un libro, la piel del aire, el silencio aquí visible.

(Elogio de la inmovilidad)

haut

Tu te regardes dans le miroir. Tu souris. Qui répond.

Parfois il y a des bruits. Quelqu’un descend la rue, ses pas, une voiture, plusieurs, une moto. Puis une voix très faible. Une voix de femme. La voix parle sans vie. Murmure étouffé qui se perd. D’autres pas. Quelqu’un dans la rue au soleil. Le pas est ferme, énergique. Comme mû par le désir de s’entendre. S’éloigne. Personne.

Dans la douche. Méditation sur l’eau, ses gouttes, ses atomes infinis. La pluie frappe le visage de ses doigts innombrables. Penser le visage qui se défait, lentement. Visage multiple, dissout, effondré sur le torse, gouttes désordonnées qui fuient, se dispersent, se rejoignent. Tourbillon final, écoulement, quitter la lumière, tomber, se perdre.

Quelqu’un a dû t’éveiller. Depuis la fenêtre, sans l’ouvrir, tu observes la lueur du lampadaire, indécise, jaune. Une voiture passe.

Rien n'arrive.

Une brume de sable recouvre la ville aujourd’hui. Ensevelit les maisons. L’horizon.
Ville transfigurée, suspendue dans le gris fulgurant de la poussière. Ville pénitente qui brûle d’un feu invisible.

Commencer. Tout réécrire. Partir de la nudité. Du simulacre de la nudité. Dans l’instant destructeur. Traits, gestes, taches d’encre. Seconde lecture. Recommencer. Signe après signe.

Décrire peut-être. Enumérer, enchaîner les faits: une table, un livre ouvert, ce lit, les mots, la lumière qui s’attarde, l’air, calme, inaudible.
Rester là. Arrêter le regard dans la lumière. Une chambre, un lit, un corps. un livre, la peau de l’air, le silence ici visible.

(Eloge de l'immobilité)

THE BROKEN ROAD

Water on the fields
sedged with white grass

Tarmac over flints
the flints wearing through

Walking again
along the broken road :

is it the road bears us up
or the brokenness ?

As the upper sky darkens
a depth enters the pools
corn gold suffuses the grass

The stones grow luminous as they dim

Out of the blue-blacks of the tar
the blues effloresce

Light is a bloom
a pollen of blue

It powders up under our feet

Roger Garfitt

extrait de Selected poems
Editions Carcanet, 2000

Découvrez le site des éditions Carnanet

traduction de Claude Held

Roger Garfitt est un poète du regard et de la conscience de l’histoire; célébrant les nuances de la lumière, il lit aussi dans les paysages l’inscription du vécu, la trace notamment de ces vies innombrables “passées sous silence, dorénavant indicibles”. Il habite dans le Shropshire et ses Chants de Frontière, suite de poèmes ancrés dans l’histoire des confins du pays de Galles, sont gravés sur des plaques de verre conservées au Centre Régional de Documentation et de Recherche de Shrewsbury. Ses Poèmes Choisis sont publiés par Carcanet.

haut

LA ROUTE ROMPUE

L’eau dans les champs
de laîches blanches

L’asphalte sur les silex
les silex transparaissent

Suivre encore une fois
la route rompue :

est-ce la route qui nous porte
ou ce qui se rompt ?

Le haut du ciel s’assombrit :
une profondeur pénètre les flaques,
l’or des blés envahit l'herbe

Les pierres, soudain lumineuses, s'estompent

D’entre les bleus noirs du goudron
les bleus se délitent

La lumière est fleur
pollen bleu

Elle poudroie sous nos pieds

Sketch

Yielded to windless air
a frail November harebell
rests in a glass
lts stem leans stiffly
Sucking the quiet water
in less-than-outdoor cold
one bud unscrolls its fluted blue

 

Frances Horovitz

Extraits de Collected Poems, 1985

Découvrez le site des éditions Bloodaxe

traduction de Claude Held

Frances Horovitz était particulièrement sensible aux grands espaces naturels : vallée isolée des Cotswold où elle a vécu dix ans, terres hautes venteuses du Mur d’Adrien où elle a passé deux hivers décisifs, confins du pays de Galles où elle s’établit quelque temps avant de mourir prématurément d’un cancer. Elle utilisait souvent le haiku comme esquisse, façon de noter ses impressions dans un premier jet. Son Oeuvre Poétique est publiée par Bloodaxe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

haut

Esquisse

Livrée à un air immobile
une frêle campanule de novembre
repose dans un verre
Sa tige penche raide
un bourgeon qui s'abreuve d'eau calme
dans le froid moins rude de cette pièce
déroule son bleu strié

Une autre ébauche datant de l'époque de Lumière de Neige, Lumière d'Eau : écrite à la ferme de Kiln Hill, sur le site du Mur d'Hadrien, vers la fin de 1981.

Orcop Haiku

Garway HiIl through rain
- my September window pane
glass beads flung on glass

Haïku d'Orcop

Colline de Garway sous la pluie
- ma vitre de septembre
grains de verre jetés sur le verre

Le dernier poème que Frances écrivit. Depuis des mois elle ne quittait plus son lit, son monde se limitait à ce qu'elle voyait par la fenêtre.

Orkney

a scapular of sea
between islands : smooth, shining
as thin bone


feather, mouse-skull, broken
chambered shell
the clean death by water
and salt wind


a roofless cottage
from the dark door space flying
lapwing or whitemaa


your eyes, my eyes
the colour of these islands
a travelling grey

 

Orkney

un scapulaire de mer
entre les îles : lisse, luisant
comme un os mince


plume, crâne de souris, coquille
évidée, brisée
une mort propre
par l'eau et le vent salin


une petite maison sans toit
par l'espace noir de la porte l'envol
du vanneau, du whitemaa


les yeux, mes yeux
la couleur de ces îles
un gris qui bouge

d'un carnet où Frances jetait des notes lors d'une visite à Orkney en avril 1982. Comme très souvent elle leur donna la forme du haïku ou proche du haïku.

Wilson Ward

earless
eyeless
noseless
we drift on
in our lonely beds
the old one
Mrs Rivers
eighty five
floats out
sans everything

Salle Wilson

sans oreilles
sans yeux
sans nez
nous dérivons
sur nos lits solitaires
la vieille
Mme Rivers
quatre-vingt cinq ans
se retire
dépourvue de tout

Ecrit à l'hôpital en août 1983 : "c'est tout ce que je peux faire en ce moment".

WIE WIR SCHLIEFEN

Wir schliefen mit Rissen
in den Wänden, mit Worten
die wir nicht zu denken wagten

du trugst das Schweigekleid
ich versteckte deine Küsse
unter meiner Zunge, wir schliefen
mit Rissen in den Wänden

im Traum verdrehte ich
die Augen und sah uns, wie
wir leise voneinander gingen
wir schliefen mit Rissen
mit Worten, die wir nicht
zu sagen wagten

Björn Kuhligk

Extrait de Am Ende kommen Touristen / A la fin arrivent les touristes, Berlin Verlag, Berlin 2oo2

Traduction de Rüdiger Fischer

Björn Kuhligk est né à Berlin en 1975. En 2ooo a paru à Cottbus Draußen fällt ein Vogel, en 2oo1, à Munich, Es gibt hier keine Küstenstraßen.

haut

COMMENT NOUS DORMIONS

Nous dormions avec des fissures
dans les murs, avec des mots
que nous n'osions penser

tu portais la robe à silence
je cachais tes baisers
sous ma langue, nous dormions
avec des fissures dans les murs

en rêve je roulais
les yeux et je nous voyais
nous quitter sans bruit
nous dormions avec des fissures
avec des mots que nous
n'osions dire

autoportret cu präpastie, vis çi exil

Poezia
o träiesc, nu o scriu.
Valuri de praf concentrice,
îmi sârutä fereastra.
Prin voalul täcerii lor
väd
väd distrugerea
distrugerea caselor
a caselor ce se präbuçesc
ce se präbuçesc în häul tîrziului.
Pe buza präpastiei
mä-nfior
çi ezit
mäcinat de frica
exilului interior.
Scoicä de plumb, täcerea.
Träiesc propria confesiune.

 

Valeriu Stancu
(Autoportrait avec blasphème)
L'arbre à paroles - Collection Monde Latin.

haut

Valeriu Stancu est né en 1950 à Iasi. Marié et père de deux enfants, il est écrivain, journaliste et traducteur il dirige la maison d'édition et la revue "Cronica".

autoportrait avec abîme, rêve et exil

La poésie,
je la vis, je ne l’écris pas.
Des vagues de poussière, concentriques,
embrassent ma fenêtre.
A travers le voile de leur silence
je vois
je vois la destruction
la destruction des maisons
des maisons qui s’écroulent
qui s’écroulent dans un néant tardif.
Sur les lèvres de l’abîme
je frissonne
et j’hésite
rongé par la peur
de l’exil intérieur.
Coquille de plomb, le silence.
Je vis ma propre confession.

Als je arm bent kun je
niet zo gemakkelijk rijk worden.
Als je rijk bent word je ook
niet zo gemakkelijk arm.
Als je rijk bent word je
genakkelijker arm-noch-rijk.

Als je arm bent kun je ook
gemakkelijker arm-noch-rijk worden.
Als je arm-noch-rijk bent kun je
het gemakkelijkste rijk worden.
Als je arm-noch-rijk bent word je ook
het gemakkelijkste arm.

Mark Insingel extrait de Poésie Flamande aujourd'hui, Editions Actes Sud, 1996

(traduit du flamand en français par Albert Bontridder)

haut

Mark Insingel est né en 1935. Depuis 1963, il construit patiemment son œuvre poétique (mais il est aussi romancier) comme si les mots, les poèmes, étaient des endroits à visiter, à explorer, pour les comprendre.

Si tu es pauvre
il n'est pas si facile de t'enrichir.
Si tu es riche il n'est pas non plus
tellement facile de t'apauvrir.
Si tu es riche il est plus facile
de devenir ni riche ni pauvre.
Si tu es pauvre il est aussi plus facile
de devenir ni pauvre ni riche.
Si tu n'es ni riche ni pauvre
il est facile de devenir riche.
Si tu n'es ni riche ni pauvre
il est également facile de devenir pauvre.
Si tu n'es ni riche ni pauvre
le plus difficile est d'échapper à l'angoisse.

An Instant
Sang
before the metronome
swang
its rhythmic finger
to balance human life
with dawk - dawk -

dawk - dawk -.

The music of time
plays on...
No dawk
can be heard
in a dandelion's
Contentiousness.

Tim Holm

extrait de Selected poems
Editions Carcanet, 2000

traduction de Claude Held

Tim Holm, Américain de naissance, est un voyageur européen de la culture. Après des études (littérature et théâtre) en Angleterre (Londres. Oxford) et en Irlande il s’installe durablement en France où il commence en 1984 sa carrière de professeur d’art dramatique au Petit Atelier (Paris. 6e); il y enseigne l’anglais aux enfants par le théâtre. Il est poète, parolier, chanteur, auteur de théâtre; dialoguiste pour le cinéma, il prépare et dirige les acteurs pour le doublage en anglais de leur propre voix (Vittorio Gassman. Stéphane Audran, Michel Blanc, Jacques Villeret, Jean-Pierre Cassel...).

haut

Un Instant
chantait
avant que le métronome
ne balance
son doigt rythmé
pour équilibrer nos vies
d'un tac - tac -

tac - tac -.

La musique du temps
continue...
Aucun tac
ne s'entend
dans la controverse
du pissenlit.

Chiusi nel sogno

Nati dal corpo di
natura, distaccati
e alzati in volo, ma
ricaduti in ansia
e per paura.
Eppure amando
per se stessa,
sì, la vita.
Disamorati
delle cose umane
per l'esperienza
ma poco a poco
assuefatti a rimirarle,
quelle, da lontano
e, nel distacco,
vedendole più belle.
Disposti a sopportare
disagi e strazi
misfatti ed infortuni.
Chiusi nel sogno
intatto di uscirne,
chissà come, immuni.

Paolo Ruffilli

Traduction de Lorand Gaspar

Né en 1949, Paolo Ruffilli a enseigné à l'université de Bologne. Il est responsable des éditions du Léon à Venise et tient la rubrique de critique littéraire du journal "Il Resto del Carlino" de Bologne. Il a publié 8 volumes de poésie depuis 1972 dont le plus important est Piccola colazione (Garzanti 1987). Il a également publié des nouvelles et des essais.

En ligne, le site personnel de Paolo Ruffilli.

haut

Prisonniers du rêve

Issus du corps de
nature, détachés, ayant
pris leur vol, mais,
de peur, retombés
dans l'angoisse.
Pourtant aimant
la vie, certes,
pour elle-même.
Indifférents
par expérience
aux choses humaines,
mais s'accoutumant
peu à peu à les considérer
de loin et, grâce au recul,
les voyant plus belles.
Prêts à supporter
privations et déchirements,
méfaits et malheurs.
Prisonniers du rêve
intact d'en sortir,
Dieu sait comment, indemnes.

PLÖTZLICH

Plötzlich geboren.
Plötzlich die Apfelblüte,
der aberwitzige Wind, dein Gesicht.
Wundertüten, Rufe von Kindern,
Gesetze der Schwerkraft, die Schuld.
Plötzlich sieht man das Leben vorbeigehen
. Plötzlich endet der Weg im Dickicht.
Ist man wirklich - ich las es -
an Ort und Stelle,
wenn man sich nicht mehr zurechtfindet ?
Plötzlich ist die Welt eine Kaltnadelradierung.
Plötzlich wehrlose Tage.

Walter Helmut Fritz

Les clefs ont été échangées
(Die Schlüssel sind vertauscht, Gedichte und Prosagedichte 1987-1991, Eds Hoffmann und Campe, Hamburg 1992)

Traduction Rüdiger Fischer

Walter Helmut Fritz est né en 1929 à Karlsruhe où il vit. De nombreuses publications (poèmes, proses, pièces radiophoniques, romans), dont Gesammelte Gedichte 1979-1994 (anthologie) Das offene Fenster, proses, 1997 Zugelassen im Leben, poèmes, 1999.

haut

SOUDAIN

Soudain la naissance.
Soudain les fleurs du pommier,
le vent fou, ton visage.
Jeux et surprises et cris d'enfants,
les lois de la gravité et le tort. Soudain on remarque la vie qui passe.
Soudain le sentier se perd dans le fourré.
Est-on vraiment - j'ai lu ça -
au bon endroit
quand on ne s'y retrouve plus ?
Soudain le monde est une pointe-sèche.
Soudain les jours sans défense.

 

Visitações,
ou poema que se diz manso

De mansinho ela entrou, a minha filha.

A madrugada entrava como ela, mas não
tão de mansinho. Os pés descalços,
de ruído menor que o do meu lápis
e um riso maior que o dos meus versos.

Sentou-se no meu colo, de mansinho.

O poema invadia como ela, mas não
tão mansamente, não com esta exigência
tão mansinha. Como un ladrão furtivo,
a minha filha roubou-me inspiração,
versos quase chegados, quase meus.

E mansamente aqui adormeceu,
feliz pelo seu crime.

Ana Luísa Amaral
(in 18+1 poètes contemporains de langue portugaise)
Institut Camões / Chandeigne

haut

Ana Luísa Amaral enseigne la littérature anglaise à la faculté des Lettres de l'Université de Porto. Livres publiés : Miha senhora de quê, 1990 (réédition 1999) ; Coisas de partir, 1993 ; Epopeias, 1994 ; E muitos os caminhos, 1995 ; Às vezes o paraíso, 1998.

Visitations
ou le poème qui se croit apprivoisé

Tout doucement, elle est entrée, ma fille.
L'aube est entrée avec elle, mais avec
moins de douceur. Nu-pieds,
elle faisait moins de bruit que mon crayon,
son rire était plus éclatant que celui de mes vers.

Tout doucement, elle s'est assise sur mes genoux.
Le poème entrait avec elle mais pas
avec autant de douceur, pas avec cette sereine
exigence. Comme un voleur discret,
ma fille m'a volé l'inspiration,
ces vers presque nés, presque miens.

Et elle s'est endormie ici, paisiblement,
heureuse de son crime.

later
luister zei mijn vader
later worden alle wolken water
druppel
plas vîjver sloot
rivier misschien wel
stroom
en uiteindelijk de oceaan
wie blijft kikker aan de wal ?
wie wordt schipper
matroos of kapiteins ?

ik trek de lijn
i 1k rond de hoeken
klein ni de moeite zijn
als je aan mijn raad voldoet

maar wat mijn vader sprak
de diepe kloven k zijn wangen
en zijn rirnpelvoorhoofd
het heeft mij niet behoed

ik bleef en ben
hoe
of wat
het haperend klateren
dat ik geworden was

Marcel Wauters
extrait de Poésie Flamande aujourd'hui, Editions Actes Sud, 1996

traduit du flamand en français par Albert Bontridder

haut

Marcel Wauters

plus tard
disait mon père
écoute
plus tard les nuages se transformeront en eau
goutte à goutte
flaque étang caniveaux
peut-être rivière
fleuve
et enfin océan
quel batracien demeurera sur la rive ?
oui sera marin
matelot ou capitaine ?

j’inscris le trait
j’arrondis les angles
l’effort sera insignifiant
si tu suis mes conseils

mais quoi que mon père pût dire
les rides profondes de ses joues
et son front plissé
ne m’ont nullement protégé

je suis et reste
quoi
comment
le clinquant bégayant
que j’étais devenu

 

EROTTUA

Veet syvät päilyvät
ikävää.
Puut yllä häilyvät
syväin vetten.
Ma tiedän, etten
sua enää nää

Tie luotas lähtien
härmärtää.
Vain kuvat tähtien
syöpyy veteen :
Nin silmäin eteen
sun silmäs jää.

Kaarlo Sarkia

extrait de Littératures de Finlande
in Scherzo 16/17, 2002

traduction de Jean-Pierre Rousseau

Kaarlo Sarkia (1902-1945) est un poète dont l'écriture évoque Verlaine par la musicalité de sa langue.

haut

APRÈS L'ADIEU

L'eau profonde reflète
la tristesse.
De grands arbres s'inclinent
sur l'eau profonde.
Je sais : je ne te
reverrai plus.

La route où je m'éloigne
s'obscurcit.
Seul l'éclat des étoiles
imprègne l'eau :
tels, devant mes yeux,
tes yeux demeurent...

Au cœur des mots
Toujours les mêmes fleurs
Vous me parlez d'abeilles
De rameaux
De sève de cigales
Et du matin que vous avez dans l'âme
Et vous fermez les yeux
Sur les secrets de pleine ivresse
L'hiver
Vous le savez
Blanchit le soleil même

Essayez donc
De renverser le ciel sur votre table.

Serge Brindeau

haut

extrait de
Rivière de tout bois

Editions
Saint-Germain-des-Prés

Traduction en italien
de Luce et Francesco Viriat

Serge Brindeau a marqué de son empreinte la poésie de ce siècle. Homme de "Poésie pour vivre", il s'est en particulier beaucoup intéressé à la poésie des autres et est l'auteur d'un ouvrage remarquable intitulé La poésie de langue française depuis 1945.

Nel mezzo delle parole
Sempre gli stessi fiori

Tu mi parli delle api
Dei ramoscelli
Della linfa delle cicale
E del mattino che hai nell'anima
E tu chiudi gli occhi
Sui segreti di piena ebbrezza

L'inverno
Lo sai
Imbianchisce il sole stesso

Prova soltanto
Di rovesciare il cielo sul tavolo.

 

EmigrantII

Am întâlnit emigranti
Pe toate meridianele lumii.

Ce faceti, i-am întreebat.
Noaptea, mi-au ràspuns,
Înaintàm spre Patrie.
Si ziua ce faceti,
I-am intrebat.
Asteptàm, mi-au spus,
Sà vinàa noaptea,
Ca iar sà înaintàm
Spre Patrie.

Si unde ati ajuns ?

Înaintàm spre Patrie.

Nicolae Esinencu

Extrait de Disciplina mondiala Art & X, 1995

Traduction de Gheorghe Chirita

haut

Les émigrés

J'ai rencontré des émigrés
Sur tous les méridiens du monde.

Que faitez-vous, leur ai-je demandé.

La nuit, m'ont-ils répondu,
Nous avançons vers la Patrie.
Et le jour, que faites-vous,
Leur ai-je demandé.
Nous attendons, m'ont-ils dit,
L'arrivée de la nuit,
Pour avancer toujours
Vers la Patrie.

Et où en êtes-vous arrivé ?
Nous avançons vers la Patrie.

à Marta Maternini

Si parlano sottovoce
seduti sul muretto
a motorini spenti
sospirando
I libri abbandonati al grilli
Giugno
Com'è bello sapere che no sano

 

Fabio Scotto

Un extrait de Genetliaco, Passigli Poesia Editore

Traduit de l'italien
par Claude Held

haut

Fabio Scotto est né à La Spezia en 1959. Il vit à Varèse et enseigne la littérature française à l'université de Milan. Il collabore à de multiples revues en Italie et en Europe.

(extrait de la section"Litamíe")

à Marta Maternini

Ils se parlent à voix basse
assis sur le muret
moteurs éteints
soupirant
livres abandonnés aux grillons
Juin
C’est beau de savoir qu’ils ne savent que le vent

RUKE

Pet punih godina
drzala je kundak puske :
ruka vojnica.

Ona je bila prinudena
da dotuce voljenog psa :
ruka lovca.

Ona je citav zivot
zadavala udarce :
ruka boksera.

Ona citav zivot
prinosila ustima casu :
ruka pijanice.

A evo i srecne ruke
koja te dvadeset godina
miluje.

Evo i srecne ruke !

(1968)

Izet Sarajlic

traduction de Mireille Robin

Izet Sarajlic est né à Doboj en 1930 dans une vieille famille musulmane de Bosnie. Témoin engagé d'un demi-siècle, il a ressenti douloureusement les soubresauts de l'histoire, depuis l'invasion nazie jusqu'au bombardement de Sarajevo.

 

 

 

 

haut

MAINS

Pendant cinq années entières,
elle a tenu la crosse du fusil :
main du soldat.

Elle a été obligée
de frapper le chien aimé :
main du chasseur.

Toute la vie,
elle a donné des coups :
mains du boxeur.

Toute la vie,
elle a porté le verre aux lèvres :
main de l'ivrogne.

Mais voici pourtant une main heureuse,
celle qui depuis vingt ans te caresse.
Mais voici pourtant une main heureuse !

(1968)

 

Källan iLippjärv

Framtiden har planerats
i detalh ; den är alltså
onödig. Uträtad går vägen
genom byn rakt över källan.
Det Gjordes i år det som sker
när man asfalterar källor ?
Endast genom att fråga
kan vi undvika svarets
dova tystnad.

Gösta Ågren

extrait de Charbon du jour
Editions Riveneuve, 2000

traduction de G. Rebourcet

 

haut

La source de Lippjärv

On a planifié l'avenir
en détail ; c'est-à-dire qu'il
est inutile. Rectifiée, la route
traverse le village, chevauchant la source.
On l'a construite cette année. Que se passe-t-il,
qu'arrive-t-il quand on recouvre
d'asphalte les sources ?
Rien qu'en posant la question,
on évite la réponse
et son silence sourd.

PARAPLY

så var det han som gifte sig
med ett paraply. om natten
hängde hon på en krok
upp och ner som en död fladdermus
i den tysta tamburen. vad
drömde hon ? vad drömmer
ett nygift paraply ?

regn. som en svart sol
blänker hon i navkapslar
reflekteras av vindrutor
och han kan gå genom regnet
med torra kläder

Stockholms central står där
full av ljus inuti - ett monument
över någon som rest sin väg
en regnig torsdag

det var dagen efter skilsmässan. hans kläder
car genomblöta

Gunnar Harding

Paru dans Anthologie de la poésie suédoise, 2000. Editions UNESCO et Somogy éditions d'art.

Gunnar Harding est né en 1940. Poète, il est aussi musicien de jazz et peintre. Il a consacré une étude à Guillaume Apollinaire et travaille, avec d'autres, à une traduction de l'Ancien Testament à la demande de la Commission biblique suédoise.

haut

PARAPLUIE

C'est donc lui qui s'est marié
avec une parapluie. laquelle pend
la nuit à une patère
tête en bas comme une chauve-souris
dans l'entrée silencieuse. à quoi rêve-t-elle ?
à quoi rêve une parapluie jeune mariée ?

pluie. tel un soleil noir
elle brille dans la pluie obscure
tourne avec les enjoliveurs
se reflète dans les pare-brise
et il passe à travers la pluie

les vêtements secs

la gare centrale de Stockholm est là
remplie de lumière - monument
à la mémoire de quelqu'un en allé
un jeudi de pluie

le lendemain du divorce. ses vêtements
étaient trempés.

MAMA

Már egy hete csak a mamára…
gondolok mindíg, meg-megállva,
Nyikorgó losárral ölében,
ment a padlásra, ment serényen.

Én még öszinte ember voltam,
ordítottam, toporzékoltam.
Hagyja a dagadt ruhát másra.
Engem vigyen föl a padlásra.

Csak ment és teregetett némán,
nem szidott, nem is nézett énrám
s a ruhák fényesen, suhogva,
keringtek, száalltak a magosba.

Nem nyafognék, de most már késö,
most látom, milyen óriás ö -
szürke haja lebben az égen,
kékítök old az ég vizében.

Attila Jozsef

Traduction de Jean Rousselot

Né en 1905, Attila Jozsef est mort en 1937 à l'âge de 32 ans.

haut

MAMAN

Huit jours que je ne pense qu'à maman…
Je m'arrête et je la vois, lestement,
au-dessus de moi emporter son linge
au grenier, dans un lourd panier qui grince.

J'étais tout d'une pièce en ce temps-là :
je hurlais, trépignais, pour qu'en ses bras
dans le grenier ce fut moi qu'elle emmène.
Ce linge gonflé, que d'autres le prennent !

Mais montant son linge, sans me gronder,
sans me regarder, elle l'étendait
et je voyais l'éclatante lessive
tourbillonner comme autant d'ailes vives.

À présent, je ne pleurnicherai point.
Trop tard ! Mais je la vois grandir sans fin.
Ses cheveux gris flottent là-haut. C'est elle
qui dissout le bleu dont est fait le ciel.

DISTANCES

Driving along the unfenced road
in August dusk the sun gone from
an empty sky, we overtook
a man walking his dog on the surf.

The parked car we passed later,
its side-lights on, a woman
shadow in the dark interior
sitting upright, motionless.

And fifty yards farther a runner
in shorts pacing steadily ;
and I thought of the distances
of loneliness.

John Hewitt

haut

DISTANCES

Roulant entre les champs sans clôture
par un soir d'août, soleil disparu
d'un ciel vide, nous avons dépassé
un homme qui promenait son chien sur l'herbe.

Plus tard, ce fut cette voiture garée,
feux de position allumés, et à l'intérieur
l'ombre d'une femme dans le noir,
assise bien droite, immobile.

Et cinquante mètres plus loin, un coureur
en short, aux foulées régulières ;
alors la pensée me vint de ces distances de solitude.

Era un hoyo no muy hondo.
Casi en la flor de la sombra.
No hubiera cabido un hombre
en su obscuridad angosta.
Contigo todo fue anchura
en la tierra tenebrosa.

Mi casa contigo era
la habitacíon de la bóveda.
Dentro de mi casa entraba
por ti la luz victoriosa.

Mi casa va siendo un hoyo.
Yo no quisíera que toda
aquella luz se alejara vencida,
desde la alcoba.

Pero cuando llueve, siento
que las paredes se ahondan,
y reverdecen los muebles,
rememorando las hojas ;

Mi casa es una ciudad
con una puerta a la aurora,
otra más grande a la tarde,
y a la noche, inmensa, otra.

Mi casa es un ataúd.
Bajo la lluvia redobla.
Y ahuyenta las golondrinas
que no la quisieran torva.

En mi casa falta un cuerpo.

Dos en nuestra casa sobran.

Miguel Hernandez
extrait de Cancionero y romancero de ausencias

Miguel Hernandez est né en 1910 à Orihuela. Il fut berger et ... poète. Luttant contre la dictature de Franco, il fut emprisonné et mourut en prison, atteint de tuberculose, à l'âge de 32 ans.

haut

Traduction de Jean-Gabriel Cosculluela et Charles Juliet

Il y avait un trou peu profond.
Presque au coeur de l'ombre.
Aucun corps d'homme ne se serrait serré
dans cette ombre étroite.
Avec toi tout s'ouvrait
sur cette terre d'ombre.

Ma maison avec toi c'était
la chambre obscure.
Par toi dans ma maison entrait
l'éclat la lumière.

Ma maison peu à peu est un trou
Et je ne voudrais pas que toute
cette lumière s'éloigne
sans vie de la chambre.

Mais avec la pluie, je sens
les murs se creuser,
les meubles reverdir,
j'en écarte vivement les feuilles.

Ma maison est une ville,
une porte ouverte vers l'auve,
une autre, plus ouverte, vers le soir,
une autre, vers la nuit, immense.

Ma maison est un cercueil.
Chanson terrible sous la pluie,
d'hirondelles au-dehors
débordant la peur.

Dans ma maison un corps s'absente.

Dans ma maison nous deux reste un nom.

Cas je,
Da si povemo,
ce si ploh lahko kaj povemo,
In da si damo,
ce si ploh lahko kaj damo.
cas je
In kmalu bomo ostali tudi brez njega.



Alojz Ihan

haut

Alojz Ihan est né en 1961. Il est microbiologiste à l'université de Ljubljana et rédacteur en chef de la revue littéraire Sodobnost (Le temps présent).

C'est le temps,
de se parler,
si encore on peut se parler,
et de se donner,
si encore on peut se donner quelque chose.
C'est le temps
et bientôt on restera
sans lui.
Detta ögonblick av seger,
när den Blodröda sprickan
lyser i fängelsemurarna
och jordens förtryckta
vandrar ut Ôver fälten,
där säden och bina sorlar.
Detta ögonblick av vrede
bär du med dig på din hud
som ett lysande band av blod,
som ett offertecken och pris.
Bräschen i Antarktis,
vår gemensamma kontinent.

Jacques Werup

extrait de Anthologie de la poésie suédoise, coédition Somogy/Unesco

 

haut

Traduction de Jean-Clarence Lambert

Cet instant de triomphe
quand la fissure vermeille
éclaire les murs de la prison
et que les opprimés de ce monde
se dispersent dans la campagne
où murmurent les abeilles et les blés.
Cet instant de rage, tu le portes
en toi, sur ta peau
comme un éclatant bandeau de sang,
comme une preuve de sacrifice.
Une brèche dans l'Antarctique,
notre continent commun.
Les échelles de la mort

Le loriot, le loriot par trois fois
Le loriot a coudoyé la rose des vents.
Qui ne l'a vu porter nos cris amers
Sous le fléau narquois qui bat en vain ?

Qui ne l'a vu frapper la nuque
Du sergent grevé du sang des loups ?
Qui ne l'a vu au dernier pli du soir
Aveugler de son aile une épée sans futur ?

Alexandre Voisard

extrait de Liberté à l'aube éditions l'âge d'homme 1967

haut

Alexandre Voisard est né en 1930 à Porrentruy, en Suisse. Ce fut un fervent militant pour l'instauration du Jura suisse en état-canton helvétique autonome. Il a travaillé dans l'industrie et la librairie et il vit maintenant en France, à deux pas de son pays natal.

 

On disait l'eau
captive
la terre morte
ou endormie
quand un oiseau -
je ne sais pas
son nom -
lança sa trille
de vitrier
et tout
se dénoua
- Que vienne ce
cri-là
comme un orage
désiré


Julien Dunilac

Extrait de Précaire victoire
(à paraître aux éditions L'âge d'homme)

haut

Frédéric Dubois (c'est lui...) est né à Neuchâtel en 1924. Il a suivi des études de sciences humaines qui l'ont anené à travailler dans les ambassades et à l'UNESCO. Il a présidé le Comité de la coopération culturelle du Conseil de l'Europe.


 

Dico a te

Dico a te, falso amico,
debole come me vittima
e come me responsabile.

Il bene che abbiamo voluto :
permesso di cantare
nella cella dell'ergastolo.
La poesia vino di servi.

Rispetto e miseria ci hanno chiusa la gola.
E l'ultima parola noi non l'abbiamo detta.

Questa la nostra colpa sola.

Franco Fortini

Extrait de Une fois pour toutes
éditions fédérop

haut

Je te parle

Je te parle, faux ami,
faible, comme moi victime
et comme moi responsable.

Le bien que nous avons voulu :
permission de chanter
dans la cellule du bagne.
La poésie vin d'esclaves.

Respact et misère nous ont serré la gorge.
Et le dernier mot nous ne l'avons pas dit.

Voilà notre seule faute.

Paitsage final

Desertes platges, desertes cases
deserts aigamolls de l'hivern
abocats a les últimes clarors del dia,
tot és absència en els vostres paratges
que les aus furtivament creuen
durant l'estació inclement.
El sol, de tant en tant,
us daura els flancs
i momentàniament retorneu
a la vida pietosa,
els més dolços senyals del cor.

Per uns instants,
també l'home és enganyat
- oh gran miratge de l'amor ! -
abans no l'engoleix
la darrera solitud.

Àlex Susanna

extrait de Les cernes du temps
éditions fédérop 1999.

haut

Paysage final

Désertes plages, désertes maisons,
déserts marécages de l'hiver
contre les dernières clartés du jour,
tout est absence dans vos parages
que les grands oiseaux furtivement traversent
pendant l'inclémente saison.
Le soleil, de temps en temps,
dore vos flancs
et momentanément vous retournez
à la vie compatissante,
aux signes les plus doux du cœur.

Pour quelques instants
l'homme aussi est trompé
- oh grand mirage de l'amour ! -
avant que ne l'engloutisse
la dernière solitude.

Dom na cesti

Leza u prasini kraj ceste.
Niti vidjeh njegovo lice
niti on vidje lice moje.

Zvijezde sisle su, i zrak bijase plav.
Niti vidjeh njegove ruke
niti on vidje ruke moje.

Istok postade ko limun zelen.
Zbog ptice jedne otvorih oci.

Tada doznah koga sam ljubila
citav zivot.
Tada on dozna kome je ruke
grlio uboge.

I uze covjek zavezljaj, i krenu

placuci u svoj dom.
A dom je njegov prasina na cesti
kao i dom moj.

Vesna Parun

extrait de La pluie maudite, éditions Obsidiane

haut

La maison sur la route

J'étais couchée dans la poussière au bord de la route.
Je ne vis pas son visage
et il ne vit pas mon visage.

Les étoiles ont pâli et l'air fut bleu.
Je ne vis pas ses mains
et il ne vit pas mes mains.

L'est devint comme un citron vert.
À cause d'un oiseau j'ouvris les yeux.

Alors je sus qui j'aimais
pour toute la vie.
Alors il sut de qui il embrassait les pauvres mains.

Et l'homme prit son baluchon et partit
en pleurant vers sa maison.
Et sa maison est la poussière sur la route
comme c'est aussi ma maison.

NOVEMBER

Auf der Kommode der
große Junge in Uniform
Erinnerungen fallen
durch die Jahrzehnte

Sieht er nicht aus
wie ein richtiger Mann
sagt die alte Frau
dabei war er erst 17
erst 17 als er fiel

Ihre Blicke laufen die
Hügel hinauf und
stoßen gegen die Wolken
Aus dem gegenüberliegenden
Tal springt das
Manöver in die Dämmerung.

In den Bäumen
hängt der November.

Axel Kutsch

Extrait de
Dans les chambres de la nuit
Traduction Rüdiger Fischer

haut

Axel Kutsch, né le 16 mai 1945 à Bad Salzungen (Thuringe), a passé son enfance et son adolescence à Stolberg (Rhénanie) et à Aix-la-Chapelle;journaliste depuis 1969, il vit à Bergheim-sur-Erft comme auteur et rédacteur.

NOVEMBRE

Sur la commode le
grand garçon en uniforme
des souvenirs tombent
à travers les décennies

N'a-t-il pas l'air
d'un vrai homme
dit la vieille femme
il n'avait pourtant que dix-sept ans
dix-sept ans quand il est mort

Ses regards grimpent
sur les collines et
heurtent les nuages
De la vallée en face
la manoeuvre bondit
dans le crépuscule.

Novembre pendu
dans les arbres.

ApÒye prot…mho£
Cai fugadeÚw tij micršj
Pou perodin…zountai
GÚrw oto fwj
Tou dwmat…ou...

Sotiris Tsambiras

Traduction de l'auteur

haut

CE SOIR

Ce soir j'éprouve la solitude
Et je pousse devant elles
Les petites mites qui tournoient
Autour de l'abat-jour
De la chambre…

 

Det nya samhället på väg, var
finns det?
I drömmarna, i hjärnorna
på några människor
Ett foster som sparkar En människas
ansikte vänt in
mot mörkret, fullt av
ångest Ögonen stora, mörka
Huden spänd
över kindknotorna
Jag rör vid ansiktet med händerna
Huden är mjuk, het
I det ansiktet
finns också det nya samhället på väg
I min älskades
ansiktes tunga spår, uthuggna
ur ett människoliv
Du drömmer om träd, gräs, vatten
ännu rent, och
människor, som inte
gör varandra illa
Barn som får chansen att slå ut
som fulländade blommor
Hjärnans former är mjuka, fritt
vuxna, träd, fåglar
Den rätvinkliga geometrin
är en begränsning av
en större verklighet, en del
av förtryckarnas språk,
en del
av dom flesta människornas liv här
Icke-euklidiska världar
slår ut som nya, fulländade
blommor i mjuk luft

Jag rör vid blommornas ansikten
Det nya samhällets ögon
ser på mig, med
bortvänd, ännu främmande blick


Det oavslutade språket
(Stockholm, Bonniers, 1972)

Göran Sonnevi

Extrait de le langage inachevé
(à paraître)

haut

traduit du suédois par François-Noël Simoneau


La société nouvelle en marche, où
est-elle ?
Dans les rêves, dans les cerveaux
de quelques personnes
Un fœtus qui s'agite Le visage
d'un être tourné
vers l'obscurité, plein
d'angoisse Les grands yeux, sombres
La peau tendue
sur les pommettes
Je touche ce visage avec mes mains
La peau est douce, chaude
Dans ce visage
il y a aussi la société nouvelle en marche
Dans les traces lourdes
du visage de celle que j'aime, creusées
par la vie
Tu rêves d'arbres, d'herbe, d'eau
encore pure, et
d'hommes qui ne
se font aucun mal entre eux
D'enfants qui ont la chance de s'épanouir
comme des fleurs accomplies
Les formes du cerveau sont douces, librement
développées, des arbres, des oiseaux
La géométrie rectangulaire
est une réduction d'une
réalité plus grande, une part
du langage des oppresseurs
une part
de la vie des gens, le plus grand nombre, ici
Les mondes non-euclidiens
éclosent comme des fleurs nouvelles
épanouies dans l'air doux

Je touche les visages des fleurs
Les yeux de la société nouvelle
me regardent, d'un air
absent, encore étranger

(" le langage inachevé " - à paraître)

Le vent s'apprête
à changer de saison

à chaque feuille
qu'il doit emporter
il murmure
sa part de certitude

Marc Dugardin

Extrait de la peur, la plénitude
Édité par la Maison de la Poésie d'Amay - Collection Traverses

haut

 
Et…coi gia mousik»

Den q£'brej pia to prÒswpo
p…sw apÒ to pr£sino fÚllo th sig"j
šsbhse kiÒlaj h mousik", camhlçsan
ta fçta poia upÒsces", camhlçsau
poiej yeudaisq"seij qanaplhçsei
h sobarÒthta miaj £llhj apof£sewj.

K£yw sthn koil£da me tij petaloÚdej
den qa breij pia ta camšna b"mata
eke… tçra h clÒh aneba…nei wj ta gÒnata

k'…swj na'tan aprospšlasth h monaxi£ sou
mšsa sth gumn" dunatÒthta
miaj kainoÚriaj anamon"j.


Phivos Stavridis

extrait de Poésies, 1972
cité dans Prose et poésie chypriote, Hellinoka Kronika 1993

Traduction de Josette Dorion

haut

Phivos Stavridis est né en 1938 à Larnaca. Il a fait des études de pharmacie à Beyrouth et exerce le métier de pharmacien dans sa ville natale. Il fut responsable de la revue "Le cercle".

Vers pour une musique

Tu ne trouveras plus le visage
derrière la verte feuille du silence
déjà la musique s'est éteinte, les lumières
ont baissé. Quelle promesse, je ne sais
quelles illusions à la place
du sérieux d'une autre décision.

Au bas de la vallée aux papillons
tu ne trouveras plus les pas perdus.
Ici désormais l'herbe monte jusqu'aux genoux
peut-être qu'elle était inaccessible ta solitude
au milieu de la possibilité nue
d'une nouvelle attente.

Paesaggi con gatto assente

Uno

Tirata tra i tuoi mille lacci, mai
che m'incammini fiera
seguendo i miei voleri, ed agli snodi
mi perda in strade a caso, non lì dove
potrei trovare ancora
traccia di te.

Mentre stamani
sul cofano della macchina
un'impronta di zampa a quadrifoglio :
e lui, sovranamente altrove.

Due

Poi viene il sonno
su tutto quello che ci siamo detti,
e l'ombra: forse
dimenticanza è rintanarsi in salvo.

Sapessi almeno fare come lui,
che s'infila sotto la coperta, e fuori
lascia solo la punta della coda
come capriccio di memoria.

 

Donata Berra

haut

Traduction de Christian Viredaz

Paysages avec chat absent

Un

Tiraillée entre tes mille pièges, jamais
je ne m'aventurerais fière
en suivant mes propes volontés, ne me perdrais
aux embranchements sur des routes fortuites, non là
où je pourrais trouver encore
trace de toi.

Tandis que ce matin
sur le capot de la voiture
l'empreinte d'une patte comme un trèfle à quatre feuilles :
et lui, souverainement ailleurs.

Deux

Puis le sommeil descend
sur tout ce que nous nous sommes dit,
et l'ombre : peut-être
que l'oubli, c'est se terrer en lieu sûr.

Si seulement je savais faire comme lui
qui se glisse sous la couverture et ne laisse
dépasser que le bout de sa queue
comme un caprice de mémoire.

Mrtve stvari

Dez je zlilal kamenje.
Voda stoji na ognjiscu.
Dez podira pec.
Pesez zasipa klet.

Trta je podivjala.
Vodnjak se seseda.
Poslednji zid se krusi.

Osat rase v koti,
Kjer je stala miza.
Tihi pogovori zvecer,
Ocetov komolec na mizi.
Mrtvi oce.

Tvoj komolec je razpadel.
Tvoja roka je zemlja.
Kdo bo ukrotil trto.
Kdo bo sakuril na ognjiscu.
Kdo bo izkopal spod njega
Razpadajoce obraze mrtvih let.

Dane Szjac

Traduction de Zdenka Stimac

haut

Dane Zajc est né 1929 à Zgornja Javoršcica, en Slovénie. Poète et dramaturge, il a aussi collaboré à des revues de littérature et fut président de l'association des écrivains slovènes.

Choses mortes

La pluie a poli les pierres.
L'eau stagne sur le foyer.
Le poêle s'effondre sous la pluie.
Le sable envahit la cave.

La vigne devient sauvage.
Le puits s'affaisse.
Le dernier mur s'effrite.

Un chardon pousse dans le coin
où se trouvait la table.
Conversations silencieuses le soir,
coude du père sur la table.
Père défunt.

Ton coude s'est décomposé.
Ton bras est terre.

Qui domptera la vigne.
Qui allumera le foyer.
Qui en déterrera
les visages décomposés des mortes années.

 


 

António José Queirós

Extrait de Memoria do Silêncio
(Porto, 1989)
traduit du portugais par Raymond Farina

haut

António José Queirós est né en 1954 à Vila Meâ. Il a animé la revue Cadernos do Tamega.


MÉMOIRE DU SILENCE

-1-

Regarder les ombres.
Peindre le clair-obscur
des choses.

Réinventer les formes
et les volumes.

Transmuer une couleur
en vin et en pain.

Sur la toile
de nouveau le miracle.

DEM OKTOBER ZU

Vielerlei Herbste
abgefallene Blätter bewegt
von keinem Windhauch
und von keinem Besen. Deckendes
Dach unsichtbarer Tiere.
Ähnlich hause auch ich
unter Büchern
überkommen aus Jahrhunderten
als wären das Bäume gewesen.

Günter Kunert

Traduction de Rüdiger Fischer

haut

VERS LE MOIS D'OCTOBRE

Feuilles tombées
de bien des automnes
jamais remuées par le vent
ou un balais. Toit qui recouvre
des animaux invisibles.
Semblable ma demeure
entre les livres
transmis depuis des siècles
comme s'ils avaient été des arbres.