Accueillir, rencontrer un auteur...
Comment rémunérer un auteur intervenant ?
Quand il s'agit d'animations scolaires, une rencontre réussie, c'est toujours une rencontre préparée Voici une trame qui pourra bien sûr être aménagée. Je propose toujours qu'il y ait un avant et un après (Alain Boudet).
| Avant la rencontre | Une ou deux semaines avant l'animation, il est bon d'échanger un courrier au moins, à l'initiative des enfants (peut-être à l'incitation de l'enseignant...). Si le courrier arrive assez tôt, je réponds par lettre. Il m'arrive de répondre par fax, et éventuellement par courrier électronique. Il est indispensable que les enfants aient été en contact avec mes poèmes. C'est en effet eux qui sont le premier "lieu" de la rencontre avec le lecteur. De cette lecture (ou de cette écoute), de cette fréquentation en tous cas dépend la qualité de la rencontre, des questionnements des enfants, des émotions à partager. Vous pouvez découvrir l'ensemble de mes recueils sur ce site. |
| La rencontre | Le
jour de l'animation, j'établis généralement le contact
par un moment de lecture à haute voix de poèmes. Les miens,
mais aussi les poèmes de poètes que j'aime, souvent aussi
des textes de mes récentes lectures. C'est le premier échange.
Plaisir d'entendre, prise de conscience que le poème s'incarne, qu'il
est une parole portée par une voix. Découverte aussi que chaque
poème doit trouver sa voix, différente de celle des autres.
C'est là un premier temps de mise en espace sonore du poème. Après cette première approche, temps d'apprivoisement mutuel, un échange de type questions/réponses est souhaitable. Ce moment permet généralement aux enfants de satisfaire leur curiosité. Il y aura sans doute des questions plus intéressantes que d'autres, mais après tout, aucune n'est interdite. Toutefois, les enfants auront pu auparavant en parler entre eux et avec l'enseignant. Ce qui me semble important, c'est de favoriser là une vrai moment d'échange et d'écoute. Par expérience, c'est une occasion fréquente de vivre des moments intenses de vérité partagée. Dans un troisième temps, je propose aux enfants une démarche d'écriture, en fonction du temps dont nous disposons, des textes lus dans la première partie de la rencontre, et des attentes éventuelles de l'enseignant et des enfants. Importance du rythme plutôt que de la rime. Exploration des sensations, de la langue, travail sur les mots, les sons. Respect du silence. L'écriture pourra s'effectuer individuellement, en groupe ou collectivement. La rencontre peut durer de 45 minutes (pour les CP, par exemple) à 1 heures 30 (pour des CM) ou deux heures (pour les plus grands de collège ou de lycée). Vous pouvez découvrir des textes écrits avec des jeunes au cours d'animations ou dans leur prolongement ainsi que des textes écrits avec des adultes. |
| Après la rencontre |
Après l'animation, il est souhaitable de prolonger en classe les activités engagées pendant la rencontre. Un échange de courriers, fax ou courriels est souhaitable. Il entretient l'intérêt et la motivation. |
"Il
paraît vain de vouloir parachuter un écrivain dont les élèves
n'ont jamais entendu parler si cette visite n'est pas sérieusement préparée.
Les parachutages d'auteur dans des classes mal préparées à
leur venue, sans lien avec un projet dûment élaboré conduisent
à l'échec et génèrent déception et frustration
pour chacun des acteurs. Il est évident que chaque rencontre est unique
et tire sa magie de son vécu même. Cependant, toute intervention,
même ponctuelle, exige une préparation. Plus on l'aura pensée,
mieux elle aura été préparée avec les élèves,
plus elle sera fructueuse. Un auteur doit être attendu, seule condition
d'ailleurs pour qu'il puisse apporter de l'inattendu
"
Extrait de "l'Ami littéraire", un programme d'interventions
d'écrivains dans les écoles de la Maison des écrivains.
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Aucun ouvrage, pas même le meilleur, ne peut remplacer une expérience personnelle véritable de l'écriture et de l'atelier d'écriture. L'écrivain sait, par la pratique, la tourmente des mots, la difficulté de parvenir à la propriété des termes, à la structure du récit, à la construction des personnages et des situations ; celle d'éviter clichés et lieux communs, de trouver la bonne chute, le bon titre... II connaît le temps de la décantation et celui de la réécriture, la fragilité des propositions fécondes et la nécessaire modestie face à tout ce qui a déjà été écrit d'essentiel. C'est à lui qu'il faut faire appel pour les séquences de formation personnelle comme pour les séances d'écriture (au moins pour les lancer, les orienter et les dynamiser). Tous les écrivains ne sont pas nécessairement de bons animateurs d'ateliers d'écriture. Certains, d'ailleurs, refusent. Avec les enfants et les jeunes, il faut avoir envie de pratiquer des exercices dont l'objectif n'est pas de former de futurs écrivains mais, plus modestement, des lecteurs. Il faut tenir compte des niveaux, des âges, des milieux, des pratiques antérieures, des motivations du moment (ou de leur absence)... La grande majorité des écrivains qui interviennent dans les classes, les bibliothèques, les centres culturels, ont acquis une expérience suffisante pour résoudre ces problèmes et trouvent dans la rencontre avec les plus jeunes un réel plaisir, gage, en retour, de réussite : c'est bien pourquoi ils continuent. Si rares sont les écrivains qui réalisent des ouvrages théoriques sur les ateliers d'écriture (ils ont autre chose à écrire), beaucoup, en revanche, acceptent de participer à des ouvrages collectifs de comptes-rendus d'expériences. Ce sont souvent les plus intéressants. A moins d'être déjà un connaisseur ou d'effectuer une recherche précise, il vaut mieux éviter d'abord les ouvrages écrits par des universitaires - souvent théoriques - ou des enseignants - souvent "pédagogiques" - même si, comme partout, on trouve de bonnes exceptions à la règle. De plus en plus fréquemment les techniques de l'atelier d'écriture sont convoquées dans la classe pour rafraîchir une pédagogie de l'enseignement du français quelque peu routinière. Pourquoi pas, si les résultats s'avèrent positifs, l'esprit de la classe plus ouvert, les élèves plus motivés... Simplement, par honnêteté, on s'abstiendra de croire qu'on a animé un atelier d'écriture, pratique artistique qui ne se réduit pas à l'utilisation - même exemplaire - de techniques - même excellentes - mais qui combine au plus haut point techniques, expérience, culture et cette chose si difficile à définir qu'est (la recherche de) la création. Les objectifs et les pratiques des écrivains ne sont pas celles des enseignants, même si elles sont parfaitement complémentaires et, parfois très semblables. Par ailleurs, il s'est parfois développé des tendances d'écriture limites, inspirées de la psychanalyse, du structuralisme, etc. Elles sont parfaitement légitimes dans la réflexion ou la création d'une oeuvre personnelle mais réductrices ou perturbatrices si elles sont employées à haute dose avec des écrivants non spécialistes. Ce risque est très minime et il suffit d'un dialogue préalable avec l'écrivain pour le circonscrire. Finalement, il en va de l'école comme des liens parentaux. L'école apprend à lire et à écrire mais elle n'est pas plus propriétaire de l'écriture qui s'en suivra que les parents ne le sont de la vie des enfants qu'ils ont procréés et aidés à devenir autonomes. La créativité est à ce prix. La visite d'un poète ou d'un romancier dans la classe n'est pas un gadget pédagogique permettant d'oublier un moment une routine installée ou un cadeau téléguidé sans lien réel avec les attentes des enfants : ainsi conçue elle ne pourrait que laisser les enfants, les adultes et l'écrivain sur leur faim, engendrer frustrations, rancœurs et incompréhensions. C'est, au contraire, un moment fort, une fête, aux résonances multiples et imprévues, préparée de longue date, une occasion rare de rencontrer une personne d'exception, un acte pédagogique majeur. Il doit être préparé conjointement par l'enseignant et les élèves, de façon autonome et conviviale. Si plusieurs classes sont concernées, une répartition concertée des activités évitera que l'invité, ses hôtes, ne se répètent : les traces de son passage seront plus riches et plus variées. Enfin le choix de l'invité procède de la réflexion pédagogique et de la passion (coup de cœur). Cet excellent dossier dont vous venez de lire le préambule a été préparé par Paul Badin qui fut coordonnateur académique "poésie-lecture-écriture" dans l'académie de Nantes jusqu'en 2002. Vous découvrirez la suite ainsi que la présentation du concours de poésie de l'Inspection Académique du Maine-et-Loire sur le site de l'IA 49. |