Accueillir, rencontrer un auteur...



Des suggestions de ...

Alain Boudet
Paul Badin
Sylvie Grain

Comment rémunérer un auteur intervenant ?

Quand il s'agit d'animations scolaires, une rencontre réussie, c'est toujours une rencontre préparée Voici une trame qui pourra bien sûr être aménagée. Je propose toujours qu'il y ait un avant et un après (Alain Boudet).

Avant la rencontre Une ou deux semaines avant l'animation, il est bon d'échanger un courrier au moins, à l'initiative des enfants (peut-être à l'incitation de l'enseignant...). Si le courrier arrive assez tôt, je réponds par lettre. Il m'arrive de répondre par fax, et éventuellement par courrier électronique. Il est indispensable que les enfants aient été en contact avec mes poèmes. C'est en effet eux qui sont le premier "lieu" de la rencontre avec le lecteur. De cette lecture (ou de cette écoute), de cette fréquentation en tous cas dépend la qualité de la rencontre, des questionnements des enfants, des émotions à partager. Vous pouvez découvrir l'ensemble de mes recueils sur ce site.
La rencontre Le jour de l'animation, j'établis généralement le contact par un moment de lecture à haute voix de poèmes. Les miens, mais aussi les poèmes de poètes que j'aime, souvent aussi des textes de mes récentes lectures. C'est le premier échange. Plaisir d'entendre, prise de conscience que le poème s'incarne, qu'il est une parole portée par une voix. Découverte aussi que chaque poème doit trouver sa voix, différente de celle des autres. C'est là un premier temps de mise en espace sonore du poème.
Après cette première approche, temps d'apprivoisement mutuel, un échange de type questions/réponses est souhaitable. Ce moment permet généralement aux enfants de satisfaire leur curiosité. Il y aura sans doute des questions plus intéressantes que d'autres, mais après tout, aucune n'est interdite. Toutefois, les enfants auront pu auparavant en parler entre eux et avec l'enseignant. Ce qui me semble important, c'est de favoriser là une vrai moment d'échange et d'écoute. Par expérience, c'est une occasion fréquente de vivre des moments intenses de vérité partagée.
Dans un troisième temps, je propose aux enfants une démarche d'écriture, en fonction du temps dont nous disposons, des textes lus dans la première partie de la rencontre, et des attentes éventuelles de l'enseignant et des enfants. Importance du rythme plutôt que de la rime. Exploration des sensations, de la langue, travail sur les mots, les sons. Respect du silence. L'écriture pourra s'effectuer individuellement, en groupe ou collectivement.
La rencontre peut durer de 45 minutes (pour les CP, par exemple) à 1 heures 30 (pour des CM) ou deux heures (pour les plus grands de collège ou de lycée). Vous pouvez découvrir des textes écrits avec des jeunes au cours d'animations ou dans leur prolongement ainsi que des textes écrits avec des adultes.
Après la rencontre

Après l'animation, il est souhaitable de prolonger en classe les activités engagées pendant la rencontre. Un échange de courriers, fax ou courriels est souhaitable. Il entretient l'intérêt et la motivation.

"Il paraît vain de vouloir parachuter un écrivain dont les élèves n'ont jamais entendu parler si cette visite n'est pas sérieusement préparée. Les parachutages d'auteur dans des classes mal préparées à leur venue, sans lien avec un projet dûment élaboré conduisent à l'échec et génèrent déception et frustration pour chacun des acteurs. Il est évident que chaque rencontre est unique et tire sa magie de son vécu même. Cependant, toute intervention, même ponctuelle, exige une préparation. Plus on l'aura pensée, mieux elle aura été préparée avec les élèves, plus elle sera fructueuse. Un auteur doit être attendu, seule condition d'ailleurs pour qu'il puisse apporter de l'inattendu …"
Extrait de "l'Ami littéraire", un programme d'interventions d'écrivains dans les écoles de la Maison des écrivains.

Préambule

 

 

 

 

 

Aucun ouvrage, pas même le meilleur, ne peut remplacer une expérience personnelle véritable de l'écriture et de l'atelier d'écriture. L'écrivain sait, par la pratique, la tourmente des mots, la difficulté de parvenir à la propriété des termes, à la structure du récit, à la construction des personnages et des situations ; celle d'éviter clichés et lieux communs, de trouver la bonne chute, le bon titre... II connaît le temps de la décantation et celui de la réécriture, la fragilité des propositions fécondes et la nécessaire modestie face à tout ce qui a déjà été écrit d'essentiel. C'est à lui qu'il faut faire appel pour les séquences de formation personnelle comme pour les séances d'écriture (au moins pour les lancer, les orienter et les dynamiser). Tous les écrivains ne sont pas nécessairement de bons animateurs d'ateliers d'écriture. Certains, d'ailleurs, refusent. Avec les enfants et les jeunes, il faut avoir envie de pratiquer des exercices dont l'objectif n'est pas de former de futurs écrivains mais, plus modestement, des lecteurs. Il faut tenir compte des niveaux, des âges, des milieux, des pratiques antérieures, des motivations du moment (ou de leur absence)... La grande majorité des écrivains qui interviennent dans les classes, les bibliothèques, les centres culturels, ont acquis une expérience suffisante pour résoudre ces problèmes et trouvent dans la rencontre avec les plus jeunes un réel plaisir, gage, en retour, de réussite : c'est bien pourquoi ils continuent. Si rares sont les écrivains qui réalisent des ouvrages théoriques sur les ateliers d'écriture (ils ont autre chose à écrire), beaucoup, en revanche, acceptent de participer à des ouvrages collectifs de comptes-rendus d'expériences. Ce sont souvent les plus intéressants. A moins d'être déjà un connaisseur ou d'effectuer une recherche précise, il vaut mieux éviter d'abord les ouvrages écrits par des universitaires - souvent théoriques - ou des enseignants - souvent "pédagogiques" - même si, comme partout, on trouve de bonnes exceptions à la règle. De plus en plus fréquemment les techniques de l'atelier d'écriture sont convoquées dans la classe pour rafraîchir une pédagogie de l'enseignement du français quelque peu routinière. Pourquoi pas, si les résultats s'avèrent positifs, l'esprit de la classe plus ouvert, les élèves plus motivés... Simplement, par honnêteté, on s'abstiendra de croire qu'on a animé un atelier d'écriture, pratique artistique qui ne se réduit pas à l'utilisation - même exemplaire - de techniques - même excellentes - mais qui combine au plus haut point techniques, expérience, culture et cette chose si difficile à définir qu'est (la recherche de) la création. Les objectifs et les pratiques des écrivains ne sont pas celles des enseignants, même si elles sont parfaitement complémentaires et, parfois très semblables. Par ailleurs, il s'est parfois développé des tendances d'écriture limites, inspirées de la psychanalyse, du structuralisme, etc. Elles sont parfaitement légitimes dans la réflexion ou la création d'une oeuvre personnelle mais réductrices ou perturbatrices si elles sont employées à haute dose avec des écrivants non spécialistes. Ce risque est très minime et il suffit d'un dialogue préalable avec l'écrivain pour le circonscrire. Finalement, il en va de l'école comme des liens parentaux. L'école apprend à lire et à écrire mais elle n'est pas plus propriétaire de l'écriture qui s'en suivra que les parents ne le sont de la vie des enfants qu'ils ont procréés et aidés à devenir autonomes. La créativité est à ce prix. La visite d'un poète ou d'un romancier dans la classe n'est pas un gadget pédagogique permettant d'oublier un moment une routine installée ou un cadeau téléguidé sans lien réel avec les attentes des enfants : ainsi conçue elle ne pourrait que laisser les enfants, les adultes et l'écrivain sur leur faim, engendrer frustrations, rancœurs et incompréhensions. C'est, au contraire, un moment fort, une fête, aux résonances multiples et imprévues, préparée de longue date, une occasion rare de rencontrer une personne d'exception, un acte pédagogique majeur. Il doit être préparé conjointement par l'enseignant et les élèves, de façon autonome et conviviale. Si plusieurs classes sont concernées, une répartition concertée des activités évitera que l'invité, ses hôtes, ne se répètent : les traces de son passage seront plus riches et plus variées. Enfin le choix de l'invité procède de la réflexion pédagogique et de la passion (coup de cœur).

Cet excellent dossier dont vous venez de lire le préambule a été préparé par Paul Badin qui fut coordonnateur académique "poésie-lecture-écriture" dans l'académie de Nantes jusqu'en 2002. Vous découvrirez la suite ainsi que la présentation du concours de poésie de l'Inspection Académique du Maine-et-Loire sur le site de l'IA 49.

Découvrir l'auteur et son œuvre

1. Rassembler le maximum d'ouvrages de l'auteur

Ne pas hésiter à faire appel à de multiples ressources : CDDP, BDP, bibliothèques, librairies, familles …

2. Exploiter ce qu'on a rassemblé

  • Une approche globale des livres. Activités de tri. Activités d'appariement (couverture /résumé)
  • Activités de feuilletage…
  • Des lectures plus fines portant chacune sur un des livres de l'auteur.
  • Lecture puzzle (remettre en ordre un texte découpé)
  • Lectures anticipations :
    - Lire la couverture et inventer la première page
    - Lecture collective ou par l'enseignant d'une partie du livre : inventer oralement ou par écrit une suite que l'on comparera à la version de l'auteur. On peut aussi se contenter de lister les suites possibles, cette activité aboutissant à la création d'un texte à choix multiples. Les inventions des élèves pourront être offertes à l'auteur, créant ainsi un intéressant support de discussion sur l'écriture.
  • Lectures hameçons :
    - Présentation orale d'un livre par un élève (ou un groupe) à la classe : titre, illustrateur, collection, genre, résumé ménageant le suspens, lecture d'un extrait significatif.
    - Présentation écrite d'un livre (individuelle ou collective) sous forme d'affiche donnant lieu pour son destinataire à des activités type chasse à l'intrus, écriture de la légende d'une illustration, tableau à compléter… chacune motivant une lecture fine du livre.
    Le résumé à trous, qui demande une lecture approfondie pour être complété.
  • Etude synthétique par groupes, donnant lieu à une recherche documentaire (qui sera mise en page et offerte à l'auteur) : un groupe étudie le lieu dans lequel se déroule l'histoire (cartographie, étude géogrphique), un autre étudie le temps (frise chronologique des principaux événements), un autre l'époque (recherche historique), un autre les personnages (carte d'identité)…
  • Un regard global sur l'œuvre : existe-t-il dans les différents livres écrits par l'auteur des points communs ? Lesquels ? (lieux, personnages…) Qu'est-ce qui caractérise cet écrivain ? Qu'est-ce qui le rend original par rapport aux autres que les enfants connaissent ?…

3. Faire connaissance avec l'auteur

"S'intéresser à la personnalité de l'auteur, à sa vie est l'occasion de produire un portrait et de composer une biographie sommaire, ce qui prépare bien les élèves à la communication. Ils peuvent ainsi lire devant l'écrivain leur portrait-robot, brisant ainsi la glace au moment du premier contact."

Après avoir étudié l'œuvre de l'écrivain,
Dresser, à partir des représentations des enfants, sa carte d'identité imaginaire, écrite et illustrée. (Après une phase individuelle, on pourra, en regroupant les caractères les plus fréquents, dresser un portrait-robot collectif pour la classe.)

A partir d'une documentation fournie par l'enseignant, établir sa carte d'identité réelle.
Cette documentation peut se constituer à partir
- du Répertoire des auteurs et illustrateurs francophones édité par le Centre de Recherche et d'Information sur la Littérature de Jeunesse (en consultation au Service de Lecture du CDDP de l'Aube)
- du Guide des auteurs du livre de jeunesse français aux Editions du Cercle de la Librairie
- du Dictionnaire des écrivains français pour la jeunesse 1914-1991, Ecole des loisirs
- des catalogues d'éditeurs (Ecole des loisirs, Hachette, Milan…)
- des revues Griffon, la Revue des Livres pour enfants, J'aime lire, Je bouquine…
- des livres des auteurs (Collections Castor poche, Folio junior, Rageot…)

Lister ce qu'on aimerait savoir et qu'on n'a pas trouvé (excellente matière à questionnaire ou interview)

4. Exprimer une attente

Faire savoir d'une manière ou d'une autre (téléphone, correspondance, e-mail) à l'auteur qu'il est attendu : Se présenter. Exposer à l'auteur les attraits et les spécificités de sa ville, de sa région. Expliquer les travaux en cours, avant la rencontre … Lui dire qu'on aime ce qu'il écrit, ou qu'on n'aime pas …

Cernet l'objet de la rencontre

3 principes pour la réussite d'une rencontre
Un contact préalable, téléphonique ou épistolaire, pour délimiter l'objet de la rencontre et son déroulement, après expression et des souhaits et attentes de chacun.
"Quoi qu'il en soit, il est plus que souhaitable que l'intervenant sache sur quel terrain il arrive, quelle est l'attente a priori de l'enseignant. Il doit pouvoir s'y préparer."

Un objectif opérationnel assigné à la rencontre, pour ne pas en rester aux généralités. L'idéal est que l'auteur et les enfants aient une réalisation commune à mener à terme ou du moins à amorcer : un début d'histoire, une ou plusieurs illustrations… Laisser toutefois une petite place à l'informel et à la spontanéité (Quel bonheur de voir un illustrateur créer devant ses yeux, d'entendre une histoire s'improviser sous ses oreilles, de laisser jaillir une question à laquelle on n'avait pas pensé…).

Le meilleur objet de la rencontre se trouve dans les compétences professionnelles de l'intervenant : l'écriture, l'illustration. L'auteur donnera envie d'écrire. L'illustrateur donnera envie de dessiner.
Il est bon également que les enfants disposent du ou des livres de l'intervenant qu'ils rencontrent, au moment de l'échange, afin que chacun puisse s'appuyer dessus en cas de nécessité pendant l'entretien.

Attention également aux questionnaires qui "enferment" tellement l'enfant dans "la question" qu'il doit poser qu'il n'est plus disponible aux réponses de l'intervenant et ne s'aperçoit pas que celui-ci y a déjà répondu précédemment.

Prolonger la rencontre

"En fonction du projet initial mais aussi des éléments inattendus, tout un éventail de prolongements et de répercussions possibles se présente après la dernière visite de l'écrivain."

1. Le compte-rendu
Prolongement immédiat de la rencontre, il prendra des formes multiples : interview filmée ou écrite, exposition (photos, travaux faits avant, pendant et après la rencontre)… et permettra non seulement aux élèves de garder une trace de l'événement mais aussi de le faire partager aux autres (élèves, parents, habitants du quartier…)
2. La ronde des livres
Travailler sur le ou les ouvrages de l'auteur ou illustrateur qu'on n'a pas eu le temps d'aborder avant la rencontre. Travailler sur des livres édités dans la même collection que ceux de l'auteur rencontré ou qui abordent les mêmes thèmes, le même genre, avec un point de vue différent… L'objectif de toutes ces activités proposées aux élèves restant toujours le même : lire !
3. La correspondance
"Après avoir écrit ou lu ou parlé littérature avec lui, on écrit à l'écrivain. Ce geste, collectif ou individuel, est le prolongement naturel du lien affectif et intellectuel qui s'est noué. Cet échange épistolaire peut durer longtemps, surtout s'il s'appuie sur une pratique de l'écriture née de la rencontre."
4. La publication
"Face à l'intérêt des productions et dans un souci de valorisation des élèves, on peut être tenté par une démarche auprès d'un éditeur professionnel pour faire un "vrai livre". Il y a là débat : outre le coût élevé d'une publication, un produit d'atelier peut-il en effet avoir une vie en librairie ? Sauf à illustrer l'exposé d'une méthodologie, cela semble peu crédible. A vouloir trop bien faire, on risque de créer de l'illusion. En revanche, une brochure déposée à la bibliothèque municipale et pourquoi pas vendue de proche en proche par les élèves eux-mêmes trouvera de manière plus évidente des lecteurs concernés, et suffira bien souvent à valoriser et concrétiser le travail d'écriture réalisé."
5. La lecture publique
"D'abord à l'intérieur de l'établissement pour les autres classes, les parents, les amis mais aussi si la cité s'y prête, à la bibliothèque, l'hôtel de ville, une émission de radio… Les textes auront été plus ou moins mis en scène, dialogués, théâtralisés, ou parfois même confiés à des comédiens. Tout cela constituant un événement culturel en soi, ou s'inscrivant dans un contexte événementiel régional plus large."

Dossier constitué par Sylvie Grain, responsable du Service de Lecture du Centre Départemental de Documentation Pédagogique de l'Aube, le 21 Novembre 2000. Contact possible (pour tout renseignement ou pour compléter ce dossier de vos expériences) au 03 25 75 67 00.

  
© Alain Boudet