| ST. FRANCIS ET LE LOUP
Quand St-Francis sortit
de la cité fortifiée
le gris de l’aube le poursuivait comme il poursuivait tous ceux dont la foi était faible
et qui suivaient, hésitant déjà à s’enfuir,
moins confiants que lui,
il ne demandait aucune protection
exceptée celle de sa prière
aux Dieux de la création.
Le loup vint de la forêt,
les épaules basses, la tête baissée.
Bien que les hommes le disent cruel
il portait leurs blessures.
Il avait vu la fraîche fumée
s’élever de leur abri,
il avait regardé sa partenaire tomber
à cause du trait rapide de l’arbalète.
Quand St-Francis regarda le loup dans les yeux
il sut que ne s’y trouvait pas
la couleur de l’enfer
non plus que le cramoisi du sang
mais au contraire ils étaient pleins
de la flamme de la liberté,
brillante comme un soleil levant.
Il posa ses mains
sur la grosse tête du loup
de la manière dont un autre homme
aurait caressé un calice.
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FOUR QUATRE
(en opposition au chiffre trois, à la trinité du monde Chrétien n.d.t.)
Quatre est le chiffre
de la création,
les quatre grands parents
qui ont bercé nos souffles.
Quatre est l’équilibre
des directions :
nouvelle aube à l’est,
haleine chaude du sud,
rouge crépuscule à l’ouest,
chevelure blanche de notre aîné le nord.
Quatre est la parenté
entre les bras
de la terre et du ciel
la logique du croisement des chemins
au contraire du triangle –
pyramide hiérarchique
son élite au sommet aiguisé
pendant qu’au dessous la multitude
accablée par le poids
est incapable de tenir debout.
Quatre est la magie,
le choix fait pour partager
nos vies avec
les durables anciens,
Feu et Terre,
Eau et Air.
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MAPLE SUGARING MOON
Just when the snow begins to leave,
the edges of our northen woods,
the maple trees once more will bring
sweet sap up from their roots.
An Abenaki story said
that maple trees once flowed pure syrup.
All through the year, you only had
to break a twig tofill your birchbark cup.
Thas was so easy, the people got lazy.
They just stretched out beneath the trees,
mouths open, drinking all through the days.
Glooskap, the giant who helped the people,
saw this was wrong, and so he placed
much water into every maple.
So, to this day, it is not easy
to get our harvest from the trees.
We boil down forty gallons of sap
for every gallon of maple syrup.
But even though Glooskap made it harder,
that work makes our maple syrup taste better.
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LUNE DU SIROP
D’ERABLE
Quand la neige commencera juste à disparaître,
à l’orée de nos bois nordiques,
les érables encore une fois nous apporteront,
montée de leurs racines, une douce sève.
Une histoire Abenaki racontait ceci :
Une fois, les érables versèrent du pur sirop.
Tout au long de l’année, il suffisait de casser un rameau
pour remplir votre coupe en écorce de bouleau.
C’était si facile, les gens en devinrent paresseux.
Ils se contentaient de s’allonger sous les arbres,
la bouche ouverte, et de boire toute la journée.
Glooskap, le géant qui aidait le peuple,
vit que c’était là mal faire, et donc il mit en
réserve
beaucoup d’eau dans chaque érable.
Et depuis ce jour, ce n’est pas aisé
de faire notre récolte auprès des arbres.
Nous faisons bouillir quarante litres de sève
pour n’obtenir qu’un seul de sirop d’érable.
Mais bien que Glooskap l’ait durci,
ce travail rend le goût de notre sirop bien meilleur.
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WORN
BY THE RAIN
Holding my father’s shotgun in my left hand
I pass it through the sweetgrass smoke,
then touch the shell filled with #6 birdshot
to that wound in my flesh which will not close.
It is dark, clouds hide strarving moon
three days after full, and there is no wind
as I jack the shell into the chamber,
then lift the stock to my shoulder.
I point the barrel to the mourning sky,
towards the southeast and then I say,
Grandgfather, I send this back to the place
from which it came. Let the healing start.
The thud of the shot rings in my ears.
The cordite smell is sweet as srtuck flint,
and some where, from the arc of anger,
a green star falls after this thunder.
That night, five winters after his death,
I dream once more my father’s voice.
Takwanipihesan, he says. A guide
gave him that word in Newfoundland.
And now it begins, for he speaks
of sky colors, that ancient promisre
of peaceful days the Dawn People name
Takwinipihisan –" " Coat Worn by the rain. "
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USE
PAR LA PLUIE
Tenant le fusil de mon père dans la main gauche
je le fais passer dans la fumée de *sweetgrass,
puis mets la cartouche remplie d’un calibre six pour oiseaux
au contact de la blessure dans ma chair qui ne se refermera pas.
Il fait sombre, les nuages sont en selle sur une lune affamée
trois jours après sa plénitude, pas un souffle de vent,
j’enfonce la cartouche dans la chambre
puis lève la crosse à mon épaule.
Je pointe le canon vers le ciel endeuillé,
en direction du sud-est , puis je dis
Grand Père*, j’envoie ceci de l’endroit
où il est venu, que la guérison commence.
Le bruit sourd de la détonation résonne dans mes oreilles.
L’odeur de cordite est aussi douce que celle du silex
frappé
et quelque part, après ce tonnerre, décrivant une courbe,
une étoile verte en colère tombe.
Cette nuit, cinq hivers après son décès,
Je rêve encore de la voix de mon père.
Takwanipihisan, dit-il. Un guide
lui avait donné ce nom dans le Nouveau monde.
Et maintenant apparaît
celui des temps anciens, la promesse des temps de paix,
celui dont le nom fut donné par Le Peuple De L’Aube,
parce qu’il parle des couleurs du ciel
takwanipihisan " Manteau Usé Par La
Pluie . "
* Sweetgrass : herbe sacrée que les Indiens brûlent afin
que sa fumée purifie. Nom scientifique : Hierochloe Odorata
Grandfather : mot utilisé pour les invocations au ciel. Les
Indiens disent familièrement Grand-Père le ciel,
Grand-Mère la lune.
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CORNERS
On the corners
in front of package stores
the people lean
into angles of smoke
the wind pushes
to the end of the world
On those sharp corners
they’ve forgotten a world
once round,
and, forgotten, that wind
blows them over an edge
sharper and more pitiless
than the jagged splinters
of the bottle which falls
and shatters the Thunderbird’s wings

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LES
ANGLES
Aux coins des rues
devant les magasins de boissons alcoolisées
les gens s’appuient au mur
dans des volutes de fumée
que le vent pousse
au bout du monde
Dans ces angles aigus
ils oublient un monde
qui une fois fut rond
et, hors de leur conscience , ce vent
les emporte par dessus une limite
plus tranchante et plus impitoyable
que les éclats de verre
de la bouteille qui tombe
et brise les ailes de l’Oiseau Tonnerre.
Les oiseaux Tonnerre, ou l’Oiseau Tonnerre est une
émanation du grand Esprit, dite puissance rouge chez les Sioux.
Rêver de L’Oiseau Tonnerre est une vision très
puissante qui détermine un grand changement dans la vie
d’un homme, voire dessine sa destinée . N.d.t.
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