
| Voici
une rubrique nouvelle que vous propose la Toile de
l'Un. Elle est le fruit du travail de Béatrice Machet,
infatigable traductrice des poètes amérindiens
d'aujourd'hui. Une fenêtre de plus ouverte sur le monde. Pour une
troisième découverte, faisons route avec Deborah Miranda,
invitée de Béatrice Machet. | ![]() Retour "sur le dos de la tortue" |
| Sur le dos de la tortue est une formule
empruntée aux contes amérindiens. C'est aussi de cette
manière que les amérindiens nomment la Terre mère. ... |
| " Je suis une métis. Mon père est d’ascendance Esselen et Chumash (Santa Barbara, Monterey, Santa Ynez, Californie). Ma mère a des ascendances Française et juive .Mon expérience des tribus apparaît avec l’histoire des missions et l’histoire des Indiens de la côte ouest du sud de la Californie, se poursuit avec le ressort et la résistance de ces peuples et leur résurgence viviviante, réjouissante. Je suis née à L’hôpital de UCLA, j’ai grandi jusqu’à l’âge de cinq ans à Los Angeles, puis ma mère a déménagé pour l’état de Washington. Mon père nous y a rejoint huit ans plus tard. Tous les trois avons alors essayé de renouer et d’appliquer les modes de vie tribaux jamais oubliés, jamais perdus. Ma mère a fait des recherches généalogiques, mon père avait de très nombreux et très riches souvenirs de son enfance car la précédente génération avait fait l’expérience physique d’une cohésion tribale intacte. Mon goût prononcé de raconter, d’écrire, a fait le reste car nous avons ainsi pu réunir, recomposer des familles perdues de vue depuis longtemps, et des membres de la tribu Esselen vont ainsi pouvoir obtenir un statut reconnu. Je suis fière d’avoir contribué à cet effort." | |
![]() Deborah Miranda |
" Je ressens que ma vie reflète l’histoire de mes tribus et ce de plusieurs façons. Elle a débuté en beauté, relativisée par les bouleversements familiaux, puis s’est lentement reconstruite par le biais des réseaux de relations qui rendent le monde habitable et permette sa célébration. J’ai deux enfants : Miranda et Danny. Je suis reconnaissante à Margo Solod, poète, cuisinière etc, de partager ma vie. J’ai obtenu mon doctorat en Anglais en 2001, à l’âge de quarante ans, et je suis en ce moment professeur assistant à l’université de Tacoma(Washington) où j’enseigne l’Anglais, l’écriture de création, les littératures Indiennes. Je n’ai pas beaucoup écrit de poésie, mais depuis mon plus jeune âge je me sens auteur. Je n’avais jamais entendu parlé, lu ou vu d’auteur Indien avant les années 70, je n’en étais pas informée et cela a pesé sur ma décision. Mais au lieu de me lancer rapidement, je me suis d’abord mariée, ai donné naissance à deux enfants. Ces naissances ont ouvert quelque chose en moi, élever des enfants ce fut comme faire face à des voix, à des mémoires que je portais dans mon propre sang, et cela eut un impact définitif en 1991. Finalement j’ai commencé à écrire de la poésie, encouragée par un groupe de poètes et de performeurs. Les peuples de la terre, et la terre elle-même sont proches de moi quand j’écris. En tant que métis, qui aime ses deux héritages familiaux, je ne veux pas m’engager dans une voie ni du mépris des races, ni de la haine de soi. Pour s’aimer les Indiens ont besoin d’aimer leur indianité, et pour aimer la terre, en tant qu’êtres humains, nous devons aussi aimer la vie, les forces du désir qui nous maintiennent en vie, nous sommes tous des indigènes par rapport à un territoire, ceci est le savoir que je veux promouvoir, et dont j’ai eu à payer le prix fort pour qu’il soit entendu. Nous sommes tous des indigènes au regard d’un territoire, tous. Ecrire est une façon d’exprimer ce savoir, un moyen de communiquer cela, Ma voix en écriture est la meilleure manière pour moi de rendre hommage, d’honorer, la monde, la planète, qui est vraiment notre mère. " |

© Alain Boudet