A travers villes

Un petit parcours bien urbain dans la poésie des amis...

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Clermont-Ferrand

Cette ville a protégé les hommes
dans son nid de collines
A recueilli pour eux le soleil
et les pluies Cette ville
où marcher n'est jamais trop loin
de sa couronne vive d'arbres
et de genêts Vagues tranquilles
vertes et dorées par-dessus l'horizon
Ville sombre de ses pierres
et de ses clochers Claire de ses cryptes
enchantées des lumières du dedans
Jour et nuit bourdonnante Pavée
de pensées qui murmurent Où je marche
entre le chant des fontaines
et la souterraine splendeur magmatique
Où se promène l'ombre de Pascal
et se rejoignent les infinis
d'en haut et d'en bas.

Jean-Pierre Farines

 

 

Retour
 
Arriverai PARIS matin BOIS DE VINCENNES
Viendrai malgré tout sur la butte aux canards
Et sous le belvédère
Viendrai malgré tout
Malgré les pièges tendus, le métro en retard
Les croissants mal cuits de l'italien du coin
Et toutes les filles aux seins pervers
Qu'il me faudra croiser.
Arriverai PARIS
Serai sûrement là, une veste bleue au dos
Car il fera très chaud sur le brouillon des lacs
A la périphérie des barques.
Prendrai pas la ligne de CRETEIL
Qui ne mène nulle part
Et surtout pas à LIBERTE où descend régulièrement
Un petit instituteur
Pas encore issu des abécédaires
Serai sûrement là
Des lunettes d'approche pétries à pleines mains
Pour reconnaître de loin
Le grain de beauté roux juste au dessus du sexe
Que tu avais encore la dernière fois.
Arriverai PARIS matin BOIS DE VINCENNES
Viendrai quand même un taxi sous le bras
Pour que tu reconnaisses ma démarche
Tu sais
En vingt ans elle a beaucoup changé.

Jean-Pierre Lesieur
Balade Bitume (l'Idée bleue)

Petites rues

Le monde est plein de petites rues où je ne vais
qu’avec toi, paisible et forte. Nous marchons au milieu
des pavés, et notre ombre unique fait reculer le temps.

Dans les petites rues bien à nous, nous nous
tenons par les yeux, par la main, par le cœur. Il nous
arrive de cacher nos poings dans nos poches communes,
et de courir comme ça en éclatant de rire.

Les petites rues qui ne sont qu’à nous jouent à
cache-soleil dans la ville. Elles savent que la tiédeur
habite nos vies, par-delà l’incendie.

A toi, les petites rues qui nous veulent.

Françoise Lison-Leroy
extrait de « Terre en douce »
éditions L’Arbre à Paroles, 1995

 
ORPHELIN

Vivre sa vie
Quand on est faon dans la banlieue
C’est pas Byzance

En compagnie de jeunes loups
Le voilà qui braque une banque
Les mains en l’air on se dépêche
Je veux la caisse et le pouvoir

Signal d’alarme
Les flics aux fesses
Et dare-dare ils détalèrent

Dans la bagarre
Où est passé le pied-de-biche
Maman me manque

Quelle misère
De plus savoir courir les bois
Quand on est cerf

Le pauvre hère
En mal d’amour
Dans Saint-Hilaire il erre il erre

Jen-Claude Touzeil
(Sortie d’animots – Donner à Voir)

 
Dans la ville

La porte est fermée
Des gens passent dans la rue
qui regardent
les murs ont des yeux
de déroute soudaine
Complices dans la comédie
du jour les trottoirs accueillent
les pas qui traînent
et l’heure
s’éternise au-delà des regards
Quelqu’un appelle
Personne ne répond
Le monde s’est figé
en attendant la nuit
Pour l’homme qui veille
l’horloge s’endort
derrière le verre du temps

Claude Cailleau
Hommage à Pierre Reverdy - Inédit

Présent Passé

Dans la nuit où couvent
des rêves de dérive
les lampadaires ont des yeux
de bêtes malades
Un passant fuit dans la pénombre
Des bruits de pas sur le trottoir
L’angoisse sourd
que les fenêtres ignorent
Un enfant autrefois courait
enfoui maintenant
dans la cendre de l’oubli
Quand la guerre explosait
ses gerbes de mort dans la nuit
Il regardait le ciel
s ‘allumer au lointain
Leurs sources de lumière taries
les lampadaires veillaient dans l’ombre
fantômes de vie muselée
Et il courait courait
dans la nuit enflammée

Claude Cailleau
Hommage à Pierre Reverdy - Inédit

  Poème avec ascenseur

Tristesse ô rosée du matin
quand se pressent les vivants dans les ascenseurs
et au retour comme leurs fantômes
sont tristes !

O, les tristes transports !
Accablés silencieux baissent la tête
reluquent voir si les souliers
du voisin sont cirés. Pourtant

un mot parfois s’échange
un de pluie contre un de soleil
un mot enfant contre un mot chien

cheval jamais. Non,
ne parle pas de cheval
Jamais ne parlent de leur.

Et ça fait mal dans la poitrine
où ça galope tant et les sabots
s’abattent durs sur les prairies d’enfance
où les lassos se nouent autour de tendres cols

ô les vivants comme vous êtes
tristes au fond des ascenseurs

Claude Vercey
(extrait de : Galop pour l’homme qui n’avait pas de cheval, inédit )

Lille 1
Tous feux éteints. Des autos somnolent. Paupières baissées. Des appartements dorment. Pas un chat dans la rue. Pas un chien sous les réverbères. Nul ne me voit marcher. Personne.
 
Changement d’heure et de décor. Boulevard. Des stores automatiques s’enroulent. Des autos klaxonnent. Clignent des yeux. Sur les vitres de la ville glisse mon image. Le trottoir grouille de personnes. Y’en a t-il une qui me regarde
?
Le distributeur de billets a-t-il conscience de ma présence
?
Et le platane mutilé, que perçoit-il de moi
?
Le goudron sent-il mon poids d’âme et de chair
?
Suis-je le seul à croire à mon existence
?
Et cela suffit-il pour vivre 
?

Patrick Joquel

Lille 2


Qui s’amuserait à compter les briques de Lille
?
Et les kilomètres de ses gouttières
?
Et le nombre et la surface de ses pavés 
?
A définir le seuil de pollution canine tolérable
?
A partir de combien de décibels une ville devient-elle nuisible
?
Qu’est ce qu’une ville 

Patrick Joquel

 

J’ai ouvert ma fenêtre
sur un golfe d’azur
qui ignore le sommeil.
La ville n’a quitté ni son canal
ni ses tours
Elle avance dans la joie
de chanter le retour.

Claudia Adrover

   
Dans la ville infinie
un passant ouvre sa route
vers le futur.

Un petit rêve, clair comme un œuf,
brille dans sa main.

Michèle Lévy

  BANLIEUE

Dire en hâte ces rêves maladroits du petit matin quand les poubelles font la gueule et la zone vague où s’enlisent les moineaux tombés comme pierres de ciel, écrire, vite, ces regards las allongés sur le quai des plaisirs, enchevêtrer les bruits au béton, les graffiti à l’infini et couler, au bout du mur, sous les veines grises des pluies entrecroisées.

Michèle Lévy

Au centre de la ville
Un océan secret.
L’humanité circule, transparente.

Parfois l’écho de voix étranges
au long des rues,
et le regard errant
des statues brisées.

Michèle Lévy

toulouse

premier matin
au-delà des persiennes
moteurs et cloches de saint-sernin

place du capitole
inukshuk urbain
mac donald’s

grand café albert
petit déj complet
avec gitane

rue des arts
plusieurs fois centenaire
la poutre derrière l’ordi

exotisme
rebec et accordéon
rue du taur

les berges de la garonne
instant de fraîcheur
sous le pont-neuf

André Duhaime

   
La nuit, la ville
Me regarde
De ses yeux de chat
Et chaque fenêtre
S’allume de curiosité

Liska

 

Comme la pomme
La ville a ses quartiers
Quartiers de noblesse
A la peau douce
Des quartiers rouges
Des quartiers verts
Et des quartiers
En marmelade
Où les pépins
Ne seront pas
Pour ma pomme

Liska

 
 
  Neige impermanente
( mars ou novembre)
qui fond sur le visage des statues de reines, au Luxembourg,
les mouillant de pleurs.

Neige
sous un grand ciel on dirait maritime.

Debout sur la terre mouillée
je cherche à jeter un collier de plastique, reçu en prime .

Mais toute flaque héberge un écho de statue
et clame haro sur mon rebut criard.

Marie-Claire Bancquart
(dans Anamorphoses, partie "Paris plain-chant", Écrits des Forges, Québec, 2003)

 

1
 
Aux meules des roues, la poussière d'une foi ancienne.
Ici l'espoir clignote aux carrefours. Ici l'on essuie sa peine d'un mouchoir éphémère. Ici l'on pense que l'avenir ment souvent et l'on choisit l'ivresse.
Les fastes du deuil n'ont plus cours.
 
 
2
 
En ville, le citadin est de passage. Simplement là. En route vers le plus nu, vers le plus âpre et le plus contingent. Il vit, en somme.
Superficiel et lucide pourtant, il sait déjà les ruines au-delà des façades maquillées. Il ne triche plus: on apprivoise toujours la mort à coup d'artifices trop fragiles, lui la laisse parler.
En ville tout est dit. Sur les visages tout est dit. Tout est vrai jusqu'au vertige.
 
 
3
 
La ville bâtit sur l'illusion reconnue et s'avoue dans son luxe. Celui du feu dévorant et des lumières utiles au cœur. Elle a conquis la légèreté du désespoir.
La ville s'est délestée des mensonges pacifiants. Elle mise sur le jeu le moins faux, celui des amants et du temps qui flambe. Elle se donne sans promettre.
La ville joue la vérité la plus nue des passants, celle du temps qui passe. Le fard se regarde dans chaque vitrine. Et ce peu d'innocence qui nous tient debout.
 
 
4
 
Tenir chaque jour au rythme d'une évidence syncopée. Forcer chaque jour à trahir son prochain. Jouir de chaque seconde violée par la volonté d'arracher sa fatigue au silence. Savoir le luxe de vivre et le répéter seulement en se lovant dans un accord de jazz.

 
Michel Baglin

Je suis seul dans la ville
Avec pour seule compagne,
Une petite voix d’enfant
Pureté cristalline
Et sourire cristallin
A cinq heures du matin
Entre un bruit de portière
Et un volet qui grince
A cinq heures du matin
Entre deux silences.

Michel Lautru

Fumées des bars
Fumées qui retiennent mon souffle
Fumées entre peau et chemise
Fumées qui m’interrogent
Suicides à petit feu
A côté des sourires des filles.

Michel Lautru

 

Le gardien du square
Etait marié
A la statue de la liberté
Pas la grande d’Amérique
Non
La toute petite rouge brique
Le gardien du square
Etait marié
A sa petite liberté
Ce qui nullement l’empêchait
De surveiller les allées
Les allées et venues
De tous les gens
Pensant être là en toute liberté.

Michel Lautru

   

Au loin la ville
est toujours trop loin

du battement des ailes

la ville aux échos de pierre
et sommets de béton

où les clartés
infusent
dans des poussières
et des sons
qui diffusent
de trop fortes
lumières

les coeurs humains
palpitent

dans des artères
opaques

pour ceux

qui n'ont pas
beaucoup de veines

Daniel Leduc
Partage de la lumière

 
Une rivière de soleil
coule dans la rue
Ciel transparent
par dessus les toits .

Et toi, assis sur un seuil
avec tes boucles noires
tes yeux velours douceur
tu caresses ton chien
avec une telle tendresse.

Alors que je passe
pressée
un regard
jeté
en même temps
qu’une pièce
un sourire
Toi tu regardes
ailleurs
tu es au sol
je marche
vite
Ce n’est pas possible.

Colette Andriot

  Dans le gel nocturne
chuchotent
les oiseaux
aile contre aile
il y fait encore
doux
sous les plumes
et les cœurs battent
c’est cela l’important
que les cœurs battent
dans une aube
bétonnée
de gel .

Dans le gel de la ville
des hommes s’enroulent
dans des cartons
aux encoignures des portes
c’est une respiration
qui les trahit .
Parmi les ordures
ils survivent,
les passants
passent

Colette Andriot

 

Ville nouvelle

Balayer les murs d'un regard nouveau

Les égayer de graffitis d'étoiles

Inviter toutes les lézardes
à être les chemins du rêve

Apprendre aux rues à sourire
et leur donner des noms d'oiseaux

Planter des arbres verts et bleus
bruissant de feuillages-musique
où souffle le vent des couleurs

Avec patience
et folle envie
faire de la ville ... un poème.

Alain Boudet
in Au coeur le poème (la vague à l'âme)

Ville

Une ville repose
au bord de la mémoire

Une ville et ses rues
ses ombres et la lumière

au sommet des antennes

Notre regard s'affûte
aux arêtes de pierre
et le feu du cristal
incendie les façades

Une ville repose
au bord de la mémoire
et les volets fermés
forgent les souvenirs

Il ne reste personne
à qui les raconter.

Alain Boudet
in Des mots pour vivre (Corps Puce)

   
  La ville était leur bibliothèque
Aux rayonnages du soleil et de la pluie
les mille livres des fenêtres
leurs pages grises leurs pages bleues
ouvertes au roulis du dehors
aux flâneries aux oriflammes
aux rafales au temps des cerises
pages de froid pages de feu
refermées sur la chambre d'or
où se blottissent les histoires ...

Et sur la page du treizième étage
un dernier poète peut-être
murmure encore des noms de ville
comme on voit miroiter dans l'ombre
au fond du voyage une île soyeuse
où glisser de fatigue un soir de longue errance

Jacqueline Saint-Jean
in La ville des Poètes (Hachette)

 
Petite ville de novembre
blottie dans son oeuf de brume
bougeant à peine

Fenêtres pâles qui palpitent
sur le secret des chambres
où nagent des gestes étranges

La nuit tire ses derniers stores
sur les bijoux et les oranges
et des étoilements de larmes

Un enfant s'éteint dans une fontaine

Petite ville perdue
dans la rose grise des terminus
où quelqu'un rêve encore
une aube incertaine

Jacqueline Saint-Jean
in La ville des Poètes (Hachette)

Guetter l'immédiat qui nous chavire, même quand le ciel est défleuri. Un air de violon traverse la place porté par des jupes à volants. Un pied se retourne, léger déséquilibre, son dos sourit. Taille en vert citadine, les parasols tout en frémissements réconfortent les terrasses encore en attente.

De la ville bruyante on peut dans le mouvement perpétuel de l'horloge évoquer les objets à consommer, les objets usagers, les objets jetables. On peut aussi, Thésée urbain, suivre un fil
qui dort, ignoré, que l'on fait mine de ne pas voir.

Anne-Lise Blanchard

 
 
 

Les villes qui ne dorment jamais
ne savent pas que la nuit est noire
que les étoiles se réunissent et dansent
que les chats-huants chahutent avec les rossignols
que les villages ont des silences
et des petites musiques de nuit.

Mais elles s’en moquent les villes
elles jouent avec les néons
les feux rouges et les réverbères
la nuit elles font la fête
et se couchent à l’aube
quand leurs paupières clignotent
sur leurs rêves d’avenir et d’avenues.

Luce Guilbaud
in La ville des Poètes (Hachette)

Du haut des remparts de Vannes

J'écris pour le chien du clochard
Et pour la cloche du hameau.
Montez, montez dans la nuit claire
Et sur le chemin des remparts,
Du haut d'un merveilleux château
Venez parler de la misère
Montez, montez, je vous attends.

Christine Guénanten
Une étoile entre les lignes (inédit)

 


© Alain Boudet